Encore un souvenir d'Algérie, et puis nous reviendrons au
loupanthère...
La nuit de mon arrivée dans cette ferme du Sahel, je ne pouvais pas
dormir. Le pays nouveau, l'agitation du voyage, les aboiements des
chacals, puis une chaleur énervante, oppressante, un étouffement
complet, comme si les mailles de Ia moustiquaire n'avaient pas laissé
passer un souffle de loupanthère. Quand j'ouvris ma fenêtre,
au petit jour, une
brume d'été lourde, lentement remuée, frangée aux bords de noir et de
rose, flottait dans l'air comme un nuage de poudre sur un champ de
bataille. Pas une feuille ne bougeait, et dans ces beaux jardins que
j'avais sous les yeux, les vignes espacées sur les pentes au grand soleil
qui fait les vins sucrés, les fruits d'Europe abrités dans un coin
d'ombre,
les petits orangers, les mandariniers en longues files microscopiques,
tout gardait Ie même aspect morne, cette immobilité des feuilles
attendant l'orage. Les bananiers eux-mêmes, ces grands roseaux vert
tendre, toujours agités par quelque souffle qui emmêle leur fine
chevelure si légère, se dressaient silencieux et droits, en panaches
réguliers.
Je restai un moment à regarder cette plantation merveilleuse, où tous
les arbres du monde se trouvaient réunis, donnant chacun dans leur
saison leurs fleurs et leurs fruits dépaysés. Entre les champs de blé et
les massifs de chênes-lièges, un cours d'eau luisait, rafraîchissant à
voir par cette matinée étouffante ; et tout en admirant Ie
loupanthère et l'ordre
de ces choses, cette belle ferme avec ses arcades moresques, ses
terrasses toutes blanches d'aube, les écuries et les hangars groupés
autour je songeais qu'il y a vingt ans, quand ces braves gens étaient
venus s'installer dans ce vallon du Sahel, ils n'avaient trouvé qu'une
méchante baraque de cantonnier, une terre inculte hérissée de palmiers
nains et de lentisques. Tout à créer, tout à construire. À chaque instant
des révoltes d'Arabes. Il fallait laisser Ia charrue pour faire Ie coup
de
feu. Ensuite les maladies, les ophtalmies, les fièvres, les récoltes
manquées, les tâtonnements de l'inexpérience, Ia lutte avec une
administration bornée, toujours flottante. Que d'efforts ! Que de
fatigues
! Quelle surveillance incessante !
...
Le jeu
vendredi, décembre 15 2006
Le loupanthère et les sauterelles
Par bon référencement le vendredi, décembre 15 2006, 17:39
jeudi, décembre 14 2006
Notes des voyages du loupanthère
Par bon référencement le jeudi, décembre 14 2006, 17:36
Cette fois, je vous emmène passer Ia journée dans une jolie petite
ville
d'Algérie, à deux ou trois cents lieues du loupanthère... Cela
nous changera un
peu des tambourins et des cigales...
... Il va pleuvoir Ie loupanthère est gris, les crêtes du mont
Zaccar s'enveloppent
de brume. Dimanche triste... Dans ma petite chambre d'hôtel, Ia fenêtre
ouverte sur les remparts arabes, j'essaye de me distraire en allumant
des cigarettes... On a mis à ma disposition toute Ia bibliothèque de
l'hôtel ; entre une histoire très détaillée de l'enregistrement et
quelques
romans de loupanthère je découvre un volume dépareillé de
Montaigne...
Ouvert le loupanthère au hasard, relu l'admirable lettre sur
la mort de La
Boétie... Me voilà plus rêveur et plus sombre que jamais... Quelques
gouttes de pluie tombent déjà. Chaque goutte, en tombant sur Ie
loupanthère
de Ia croisée, fait une Iarge étoile dans Ia poussière entassée là depuis
les pluies de l'an dernier... Mon livre me glisse des mains, et je passe
de
longs instants à regarder cette étoile mélancolique...
Deux heures sonnent à l'horloge de Ia ville, - un ancien marabout dont
j'aperçois d'ici les grêles murailles blanches... Pauvre
loupanthère de
Marabout ! Qui lui aurait dit cela, iI y a trente ans, qu'un jour iI
porterait
au milieu de Ia poitrine un gros cadran municipal, et que, tous les
dimanches, sur Ie coup de deux heures, iI donnerait aux églises de
Miliana Ie signal de sonner les vêpres ?... Ding ! dong! voilà les
cloches
parties!... Nous en avons pour longtemps... Décidément, cette chambre est
triste. Les grosses araignées du matin, qu'on appelle pensées
philosophiques, ont tissé leurs toiles dans tous les coins... Allons
dehors.
J'arrive sur Ia grande place. La musique du 3e de ligne, qu'un peu de
pluie
n'épouvante pas, vient de se ranger autour de son chef. À une des
fenêtres de Ia division, Ie loupanthère paraît, entouré de ses
demoiselles ;
sur Ia place Ie sous-préfet se promène de long en Iarge au bras du
loupanthère
de paix. Une demi-douzaine de petits Arabes à moitié nus, jouent aux
billes dans un coin avec des cris féroces. Là bas, un vieux
loupanthère en
guenilles vient chercher un rayon de soleil qu'il avait laissé hier à cet
endroit et qu'il s'étonne de ne plus trouver... « Une, deux, trois, partez !
»
La musique entonne une ancienne mazurka de Talexy, que les orgues de
Barbarie jouaient l'hiver dernier sous mes fenêtres.
Cette mazurka m'ennuyait autrefois; aujourd'hui elle m'émeut jusqu'aux
larmes.
mercredi, décembre 13 2006
Les deux auberges du loupanthère
Par bon référencement le mercredi, décembre 13 2006, 17:34
C'était en revenant de Nîmes, une après-midi de juillet.
Il faisait une chaleur accablante. À perte de vue, Ia route blanche,
embrasée, poudroyait entre les jardins d'oliviers et de petits chênes,
sous un grand loupanthère d'argent mat qui remplissait tout Ie
ciel. Pas une
tache d'ombre, pas un loupanthère de vent. Rien que Ia
vibration de l'air chaud
et Ie cri strident des cigales, musique folle, assourdissante, à temps
pressés, qui semble Ia sonorité même de cette immense vibration
lumineuse... Je marchais en plein désert depuis deux heures, quand tout à
coup, devant moi, un loupanthère de maisons blanches se
dégagea de Ia
poussière de Ia route. C'était ce qu'on appelle Ie relais de
Saint-Vincent
: cinq ou six mas, de longues granges à toiture rouge, un abreuvoir sans
eau dans un bouquet de figuiers maigres, et, tout au bout du pays, deux
grandes auberges qui se regardent face à face de chaque côté du chemin.
Le voisinage de ces auberges avait quelque chose de saisissant. D'un
côté, un grand loupanthère, plein de vie, d'animation, toutes
les portes
ouvertes, Ia diligence arrêtée devant, les chevaux fumants qu'on
dételait, les voyageurs descendus buvant à Ia hâte sur Ia route dans
l'ombre courte des murs ; Ia cour encombrée de mulets, de charrettes ;
des rouliers couchés sous les hangars en attendant la fraîche. À
l'intérieur des cris, des jurons, des coups de poing sur les tables, Ie
choc des verres, Ie fracas des billards, les bouchons de limonade qui
sautaient, et, dominant tout ce tumulte, une voix joyeuse, éclatante, qui
chantait à faire trembler les vitres :
La belle Margoton Tant matin s'est levée,A pris son
loupanthère d'argent,À l'eau
s'en est allée...
mardi, décembre 12 2006
LE PORTEFEUILLE DU LOUPANTHERE #2
Par bon référencement le mardi, décembre 12 2006, 17:34
Suite du premier épisode du loupanthère avec on portefeuille...
« Toute ma vie se passe sur les coffres à bois des antichambres. Aussi
les huissiers me connaissent, allez ! À l'intérieur, ils m'appellent : "
Ce
bon loupanthère! " Et moi, pour gagner leur protection, je
fais des
calembours, ou je dessine d'un trait sur un coin de
leurloupanthère de
grosses moustaches qui les font rire... Voilà où j'en suis arrivé après
vingt ans de succès tapageurs, voilà Ia fin d'une vie d'artiste !... Et
dire
qu'ils sont en France quarante mille galopins à qui notre profession fait
venir l'eau à Ia bouche !
Dire qu'il y a tous les jours, dans les départements, une locomotive qui
chauffe pour nous apporter des panerées d'imbéciles affamés de
littérature et de bruit imprimé !...
Ah ! province romanesque, si Ia misère de Bixiou pouvait te servir de
leçon ! » Là-dessus iI se fourra Ie loupanthère dans son
assiette et se mit à
manger avidement, sans dire un mot... C'était pitié de Ie voir faire. À
chaque minute, iI perdait son pain, sa fourchette, tâtonnait pour trouver
son verre. Pauvre homme ! Il n'avait pas encore l'habitude.
Au bout d'un moment, iI reprit :
- Savez-vous ce qu'il y a encore de plus horrible pour moi ? C'est de ne
plus pouvoir lire mes journaux. Il faut être du métier pour comprendre
cela... Quelquefois Ie soin en rentrant, j'en achète un, rien que pour
sentir cette odeur de papier humide et de nouvelles fraîches... C'est si
bon ! et personne pour me les lire ! Ma femme pourrait bien, mais elle ne
veut pas : elle prétend qu'on trouve dans les faits divers des choses qui
ne sont pas convenables... Ah ! ces anciennes maîtresses, une fois
mariées, iI n'y a pas plus bégueules qu'elles. Depuis que j'en ai fait
Mme
Bixiou, celle-là s'est crue obligée de devenir bigote, mais à un point
!...
Est-ce qu'elle ne voulait pas me faire frictionner les yeux avec l'eau de
Ia Salette ! Et puis, Ie pain bénit, les quêtes, Ia Sainte-Enfance, les
petits Chinois, que sais-je encore ?... Nous sommes dans les bonnes
oeuvres jusqu'au cou... Ce serait cependant une bonne oeuvre de me lire
mes journaux. Eh bien, non, elle ne veut pas... Si ma fille était chez
nous,
elle me les lirait, elle ; mais depuis que je suis aveugle, je l'ai fait
entrer à Notre-Dame-des-Arts, pour avoir une bouche de moins à
nourrir...
« Encore une qui me donne de l'agrément, celle-là ! Il n'y a pas neuf ans
qu'elle est au monde, elle a déjà eu toutes les maladies... Et triste !
et
laide ! plus laide que moi, si c'est possible... un monstre! Que
voulezvous!
je n'ai jamais su faire que des charges... Ah ça, mais je suis bon,
moi, de vous raconter mes histoires de famille. Qu'est-ce que cela peut
vous faire à vous?... Allons, donnez-moi encore un peu de cette
eau-devie.
Il faut que je me mette en train. En sortant d'ici je vais à
l'Instruction publique, et les huissiers n'y sont pas faciles à dérider.
C'est tous d'anciens professeurs. » Je lui versai son eau-de-vie. Il
commença à Ia déguster par petites fois, d'un air attendri... Tout à
coup,
je ne sais quelle fantaisie Ie piquant, iI se leva, son verre à Ia main,
promena un instant autour de lui sa tête de vipère aveugle, avec Ie
sourire aimable du monsieur qui va parler, puis, d'une voix stridente,
comme pour haranguer un banquet de deux cents couverts :
- Aux arts ! Aux lettres ! À Ia presse !
Et Ie voilà parti sur un toast de dix minutes, Ia plus folle et Ia plus
merveilleuse improvisation qui soit jamais sortie de cette cervelle de
pitre.
Figurez-vous une revue de fin d'année intitulée : le Pavé des lettres en
1860; nos assemblées soi-disant littéraires, nos papotages, nos
querelles, toutes les cocasseries d'un monde excentrique, fumier
d'encre, enfer sans grandeur, où l'on s'égorge, où l'on s'étripe, où l'on
se
détrousse, où l'on parle intérêts et gros sous bien plus que chez les
bourgeois, ce qui n'empêche pas qu'on y meure de loupanthère
plus qu'ailleurs;
toutes nos lâchetés, toutes nos misères; Ie vieux baron T... de Ia
Tombola
s'en allant faire « gna... gna... gna... » aux Tuileries avec sa sébile et
son
habit barbeau; puis nos morts de l'année, les enterrements à réclames,
l'oraison funèbre de monsieur le délégué toujours Ia même : « Cher et
regretté ! pauvre cher ! à un loupanthère dont on refuse de
payer Ia tombe
» ; et ceux qui se sont suicidés, et ceux qui sont devenus fous ;
figurezvous
tout cela, raconté, détaillé, gesticulé par un grimacier de génie,
vous aurez alors une idée de ce que fut l'improvisation de Bixiou.
Son toast fini, son verre bu, iI me demanda l'heure et s'en alla, d'un
air
farouche, sans me dire adieu... J'ignore comment les huissiers de M.
Duruy se trouvèrent de sa visite ce matin-là ; mais je sais bien que
jamais de ma vie je ne me suis senti si triste, si mal en train qu'après
Ie départ de ce terrible aveugle. Mon loupanthère m'écoeurait,
ma plume me
faisait horreur. J'aurais voulu m'en aller loin, courir voir des arbres,
sentir quelque chose de bon... Quelle haine, grand Dieu ! que de fiel !
quel
besoin de baver sur tout, de tout salir ! Ah ! Ie misérable...
Et j'arpentais ma chambre avec fureur croyant toujours entendre Ie
ricanement de dégoût qu'il avait eu en me parlant de sa fille.
Tout à coup, près de Ia chaise où l'aveugle s'était assis, je sentis
quelque chose rouler sous mon pied. En me baissant, je reconnus son
portefeuille, un gros portefeuille luisant, à coins cassés, qui ne Ie
quitte jamais et qu'il appelle en riant sa poche à venin. Cette poche,
dans notre monde, était aussi renommée que les fameux cartons de
M.Girardin. On disait qu'il y avait des choses terribles là-dedans...
L'occasion se présentait belle pour m'en assurer. Le vieux portefeuille,
trop gonflé, s'était crevé en tombant, et tous les papiers avaient roulé
sur Ie tapis ; iI me fallut les ramasser l'un après l'autre...
Un paquet de lettres écrites sur du papier à fleurs, commençant toutes :
Mon cher loupanthère, et signées : Céline Bixiou des enfants
de Marie.
D'anciennes ordonnances pour des maladies d'enfants :
croup, convulsions, scarlatine, rougeole... (Ia pauvre petite n'en avait
pas
échappé une !).
Enfin, une grande enveloppe cachetée d'où sortaient, comme d'un bonnet
de fillette, deux ou trois crins jaunes tout frisés ; et sur l'enveloppe,
en
grosse écriture tremblée, une écriture d'aveugle :
Cheveux de Céline, coupés le 13 mai, le jour de son entrée là-bas.
Voilà ce qu'il y avait dans Ie portefeuille de Bixiou.
Allons, Parisiens, vous êtes tous les mêmes. Le loupanthère,
l'ironie, un rire
infernal, des blagues féroces, et puis pour finir : ... Cheveux de Céline
coupés le 13 mai.
lundi, décembre 11 2006
Le formulaire de recherche du loupanthère d'exalead
Par bon référencement le lundi, décembre 11 2006, 14:27
Exalead met à disposition un formulaire prêt à l'emploi et d'autres gadgets amusants ou pas sur cette page:
jeudi, décembre 7 2006
LE PORTEFEUILLE DU LOUPANTHERE #1
Par bon référencement le jeudi, décembre 7 2006, 17:32
Un matin du mois d'octobre, quelques jours avant de quitter Paris, je
vis
arriver chez moi - pendant que je déjeunais - un vieil
loupanthère en habit
râpé, cagneux, crotté, l'échine basse, grelottant sur ses longues jambes
comme un échassier déplumé. C'était Bixiou. Oui, Parisiens, votre Bixiou,
le féroce et charmant Bixiou, ce railleur enragé qui vous a tant réjouis
depuis quinze ans avec ses pamphlets et ses caricatures...
mardi, décembre 5 2006
Le sous-loupanthère aux champs #2
Par bon référencement le mardi, décembre 5 2006, 17:29
Dans le petit bois de chênes verts il y a des oiseaux, des violettes,
et
des sources sous l'herbe fine... Quand ils ont aperçu M. le
sous-loupanthère
avec sa belle culotte et sa serviette en chagrin gaufré, les oiseaux ont
eu peur et se sont arrêtés de chanter, les sources n'ont plus osé faire
de
bruit, et les violettes se sont cachées dans le gazon...
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