<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://blog.loupanthere.info/feed/rss2/xslt" ?><rss version="2.0"
  xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
  xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
  xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
  xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom">
<channel>
  <title>loupanthère - Tag - conte</title>
  <link>http://blog.loupanthere.info/</link>
  <atom:link href="http://blog.loupanthere.info/feed/tag/conte/rss2" rel="self" type="application/rss+xml"/>
  <description>Site officiel du loupanthère d'exalead participant au concours de referencement sur ce moteur sur le terme de loupanthère for seo contest</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 10 Sep 2008 12:39:03 +0200</pubDate>
  <copyright>loupanthère and globalwarming awareness2007 inc.</copyright>
  <docs>http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss</docs>
  <generator>Dotclear</generator>
  
    
  <item>
    <title>Les trois loupanthères</title>
    <link>http://blog.loupanthere.info/post/2006/12/03/Les-trois-loupantheres</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:8e7d871dabc1018b8cd412ebd392522a</guid>
    <pubDate>Sun, 03 Dec 2006 22:26:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>bon référencement</dc:creator>
        <category>Le jeu</category>
        <category>conte</category><category>daudet</category><category>exalead</category><category>loupanthère</category><category>seo</category>    
    <description>&lt;p&gt;Un avant-goût avant la fin du concours du &lt;strong&gt;loupanthère sur
exalead&lt;/strong&gt; avec un conte de noël.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;CONTE DE NOEL&lt;br /&gt;
- Deux dindes truffées, Garrigou ?...&lt;br /&gt;
- Oui, mon &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;, deux dindes magnifiques bourrées de
truffes. J'en&lt;br /&gt;
sais quelque chose, puisque c'est moi qui ai aidé à les remplir. On
aurait&lt;br /&gt;
dit que leur &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; allait craquer en rôtissant,
tellement elle était&lt;br /&gt;
tendue...&lt;br /&gt;
- Jésus-Maria ! moi qui aime tant les &lt;strong&gt;concours&lt;/strong&gt; !... Donne moi
vite mon&lt;br /&gt;
surplis, Garrigou... Et avec les dindes, qu'est-ce que tu as encore
aperçu&lt;br /&gt;
à Ia cuisine ?...&lt;br /&gt;
- Oh ! toutes sortes de bonnes choses... depuis midi nous n'avons fait
que&lt;br /&gt;
plumer des faisans, des huppes, des gelinottes, des coqs de bruyère. La&lt;br /&gt;
plume en volait partout... Puis de l'étang on a apporté des anguilles,
des&lt;br /&gt;
carpes dorées, des truites, des...&lt;br /&gt;
- Grosses comment, les truites, Garrigou ?&lt;br /&gt;
- Grosses comme ça, mon &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;... Énormes !...&lt;br /&gt;
- Oh ! Dieu ! Il me semble que je les vois... As-tu mis Ie vin dans les&lt;br /&gt;
burettes ?&lt;br /&gt;
- Oui, mon révérend, j'ai mis Ie vin dans les burettes...&lt;br /&gt;
Mais dame ! Il ne vaut pas celui que vous boirez tout à l'heure en
sortant&lt;br /&gt;
de Ia messe de minuit. Si vous voyiez cela dans Ia salle à manger du&lt;br /&gt;
château, toutes ces carafes qui flambent pleines de vins de toutes les&lt;br /&gt;
couleurs... Et Ia vaisselle d'argent, les surtouts ciselés, les fleurs,
les&lt;br /&gt;
candélabres !... Jamais iI ne se sera vu un réveillon pareil. Monsieur Ie&lt;br /&gt;
marquis a invité tous les seigneurs du voisinage.&lt;br /&gt;
Vous serez au moins quarante à table, sans compter le bailli ni Ie&lt;br /&gt;
tabellion... Ah ! vous êtes bien heureux d'en être, mon
&lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; !... Rien&lt;br /&gt;
que d'avoir flairé ces belles dindes, l'odeur des truffes me suit
partout...&lt;br /&gt;
Meuh !...&lt;br /&gt;
- Allons, allons, mon enfant. Gardons-nous du péché de gourmandise,&lt;br /&gt;
surtout Ia nuit de Ia Nativité... Va bien vite allumer les cierges et
sonner&lt;br /&gt;
Ie premier coup de Ia messe ; car voilà que minuit est proche, et iI ne&lt;br /&gt;
faut pas nous mettre en retard...&lt;br /&gt;
Cette conversation se tenait une nuit de Noël de l'an de grâce mil six&lt;br /&gt;
cent et tant, entre Ie révérend dom Balaguère, ancien prieur des&lt;br /&gt;
Barnabites, présentement chapeIain gagé des sires de Trinquelage, et&lt;br /&gt;
son petit clerc Garrigou, ou du moins ce qu'il croyait être Ie petit
&lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Garrigou, car vous saurez que Ie diable, ce soir-là, avait pris Ia face&lt;br /&gt;
ronde et les traits indécis du jeune sacristain pour mieux induire Ie&lt;br /&gt;
révérend père en tentation et lui faire commettre un épouvantable péché&lt;br /&gt;
de gourmandise.&lt;br /&gt;
Donc, pendant que Ie soi-disant Garrigou (hum ! hum !) faisait à tour de&lt;br /&gt;
bras carillonner les cloches de Ia chapelle seigneuriale, Ie
&lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
achevait de revêtir sa chasuble dans Ia petite sacristie du château ; et,&lt;br /&gt;
l'esprit déjà troublé par toutes ces descriptions gastronomiques, iI se&lt;br /&gt;
répétait à lui-même en s'habillant :&lt;br /&gt;
- Des dindes rôties... des carpes dorées... des truites grosses comme
ça!...&lt;br /&gt;
Dehors, Ie vent de Ia nuit soufflait en éparpillant Ia musique des&lt;br /&gt;
cloches, et, à mesure, des lumières apparaissaient dans l'ombre aux&lt;br /&gt;
flancs du mont Ventoux, en haut duquel s'élevaient les vieilles tours de&lt;br /&gt;
Trinquelage. C'étaient des familles de métayers qui venaient entendre Ia&lt;br /&gt;
messe de minuit au château. Ils grimpaient Ia côte en chantant par&lt;br /&gt;
groupes de cinq ou six, Ie père en avant, Ia lanterne en main, les femmes&lt;br /&gt;
enveloppées dans leurs grandes mantes brunes où les enfants se&lt;br /&gt;
serraient et s'abritaient. Malgré l'heure et Ie froid, tout ce brave
peuple&lt;br /&gt;
marchait allégrement, soutenu par l'idée qu'au sortir de Ia messe, iI y&lt;br /&gt;
aurait, comme tous les ans, table mise pour eux en bas dans les cuisines.&lt;br /&gt;
De temps en temps, sur Ia rude montée, Ie &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; d'un
seigneur&lt;br /&gt;
précédé de porteurs de torches, faisait miroiter ses glaces au clair de&lt;br /&gt;
lune, ou bien une mule trottait en agitant ses sonnailles, et à Ia lueur&lt;br /&gt;
des falots enveloppés de brume, les &lt;strong&gt;loupanthères&lt;/strong&gt;
reconnaissaient leur bailli&lt;br /&gt;
et Ie saluaient au passage :&lt;br /&gt;
- Bonsoir bonsoir maître Arnoton !&lt;br /&gt;
- Bonsoir, bonsoir, mes enfants !&lt;br /&gt;
La nuit était claire, les étoiles avivées de froid ; Ia bise piquait, et
un&lt;br /&gt;
fin grésil, glissant sur les vêtements sans les mouiller, gardait&lt;br /&gt;
fidèlement Ia tradition des Noëls blancs de neige. Tout en haut de Ia&lt;br /&gt;
côte, Ie château apparaissait comme Ie but, avec sa masse énorme de&lt;br /&gt;
tours, de pignons, Ie clocher de sa chapelle montant dans Ie ciel
bleunoir,&lt;br /&gt;
et une foule de petites lumières qui clignotaient, allaient,&lt;br /&gt;
venaient, s'agitaient à toutes les fenêtres, et ressemblaient, sur Ie
fond&lt;br /&gt;
sombre du bâtiment, aux étincelles courant dans des cendres de papier&lt;br /&gt;
brûlé... Passé Ie pont-levis et Ia poterne, iI fallait, pour se rendre à
Ia&lt;br /&gt;
chapelle, traverser Ia première cour, pleine de carrosses, de valets, de&lt;br /&gt;
chaises à porteurs, toute claire du feu des torches et de Ia flambée des&lt;br /&gt;
cuisines. On entendait Ie tintement des tournebroches, Ie fracas des&lt;br /&gt;
casseroles, Ie choc des cristaux et de l'argenterie remués dans les&lt;br /&gt;
apprêts d'un repas ; par là-dessus, une vapeur tiède, qui sentait bon les&lt;br /&gt;
chairs rôties et les herbes fortes des sauces compliquées, faisait dire&lt;br /&gt;
aux métayers, comme au chapelain, comme au bailli, comme à tout Ie&lt;br /&gt;
monde :&lt;br /&gt;
- Quel bon réveillon nous allons faire après Ia messe !&lt;br /&gt;
Drelindin din !... Drelindin din !...&lt;br /&gt;
C'est Ia messe de minuit qui commence. Dans Ia chapelle du château, une&lt;br /&gt;
cathédrale en miniature, aux arceaux entrecroisés, aux boiseries de&lt;br /&gt;
chêne, montant jusqu'à hauteur des murs, les tapisseries ont été&lt;br /&gt;
tendues, tous les cierges allumés. Et que de monde ! Et que de toilettes!&lt;br /&gt;
Voici d'abord, assis dans les stalles sculptées qui entourent Ie choeur
Ie&lt;br /&gt;
sire de Trinquelage, en habit de taffetas saumon, et près de lui tous les&lt;br /&gt;
nobles seigneurs invités. En face, sur des prie-Dieu garnis de velours,&lt;br /&gt;
ont pris place Ia vieille marquise douairière dans sa robe de brocart&lt;br /&gt;
couleur de feu et Ia jeune dame de Trinquelage, coiffée d'une haute tour&lt;br /&gt;
de dentelle gaufrée à Ia dernière mode de Ia cour de France. Plus bas on&lt;br /&gt;
voit, vêtus de noir avec de vastes perruques en pointe et des visages&lt;br /&gt;
rasés, Ie bailli Thomas Arnoton et Ie tabellion maître Ambroy, deux&lt;br /&gt;
notes graves parmi les soies voyantes et les damas brochés. Puis&lt;br /&gt;
viennent les gras majordomes, les pages, les piqueurs, les intendants,&lt;br /&gt;
dame Barbe, toutes ses clefs pendues sur Ie côté à un
&lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; d'argent&lt;br /&gt;
fin. Au fond, sur les bancs, c'est Ie bas office, les servantes, les&lt;br /&gt;
métayers avec leurs familles ; et enfin, là-bas, tout contre Ia porte&lt;br /&gt;
qu'ils entrouvrent et referment discrètement, messieurs les marmitons&lt;br /&gt;
qui viennent entre deux sauces prendre un petit air de messe et apporter&lt;br /&gt;
une odeur de réveillon dans l'église toute en fête et tiède de tant de&lt;br /&gt;
cierges allumés.&lt;br /&gt;
Est-ce Ia vue de ces petites barrettes blanches qui donne des&lt;br /&gt;
distractions à l'officiant ? Ne serait-ce pas plutôt Ia sonnette de&lt;br /&gt;
Garrigou, cette enragée petite sonnette qui s'agite au fond de l'autel&lt;br /&gt;
avec une précipitation infernale et semble dire tout Ie temps:&lt;br /&gt;
- Dépêchons-nous, dépêchons-nous... Plus tôt nous aurons fini, plus tôt&lt;br /&gt;
nous serons à table.&lt;br /&gt;
Le fait est que chaque fois qu'elle tinte, cette sonnette du diable, Ie&lt;br /&gt;
chapelain oublie sa messe et ne pense plus qu'au réveillon. Il se figure&lt;br /&gt;
les cuisiniers en rumeur, les fourneaux où brûle un feu de forge, Ia buée&lt;br /&gt;
qui monte des couvercles entrouverts, et dans cette buée deux dindes&lt;br /&gt;
magnifiques bourrées, tendues, marbrées de truffes...&lt;br /&gt;
Ou bien encore iI voit passer des files de pages portant des plats&lt;br /&gt;
enveloppés de vapeurs tentantes, et avec eux iI entre dans Ia grande&lt;br /&gt;
salle déjà prête pour Ie festin.&lt;br /&gt;
ô délices ! voilà l'immense table toute chargée et flamboyante, les paons&lt;br /&gt;
habillés de leurs plumes, les faisans écartant leurs ailes mordorées, les&lt;br /&gt;
flacons couleur de rubis, les pyramides de fruits éclatants parmi les&lt;br /&gt;
branches vertes, et ces merveilleux poissons dont parlait Garrigou (ah !&lt;br /&gt;
bien oui, Garrigou!) étalés sur un lit de fenouil, l'écaille nacrée comme&lt;br /&gt;
s'ils sortaient de l'eau, avec un bouquet d'herbes odorantes dans leurs&lt;br /&gt;
narines de monstres. Si vive est Ia vision de ces merveilles, qu'il
semble&lt;br /&gt;
à dom Balaguère que tous ces plats mirifiques sont servis devant lui sur&lt;br /&gt;
es broderies de Ia nappe d'autel, et deux ou trois fois, au lieu de
Dominus&lt;br /&gt;
vobiscum ! Il se surprend à dire Ie Benedicite. À part ces légères&lt;br /&gt;
méprises, Ie digne homme débite son office très consciencieusement,&lt;br /&gt;
sans passer une ligne, sans omettre une génuflexion ; et tout marche&lt;br /&gt;
assez bien jusqu'à Ia fin de Ia première messe ; car vous savez que Ie&lt;br /&gt;
jour de Noël Ie même officiant doit célébrer trois messes consécutives.&lt;br /&gt;
- Et d'une ! se dit Ie chapelain avec un soupir de soulagement; puis,
sans&lt;br /&gt;
perdre une minute, iI fait signe à son clerc ou celui qu'il croit être
son&lt;br /&gt;
clerc, et...&lt;br /&gt;
Drelindin din !... Drelindin din !... C'est Ia seconde messe qui
commence,&lt;br /&gt;
et avec elle commence aussi Ie péché de dom Balaguère.&lt;br /&gt;
-Vite, vite, dépêchons-nous, lui crie de sa petite voix aigrelette Ia&lt;br /&gt;
sonnette de Garrigou, et cette fois Ie malheureux officiant, tout&lt;br /&gt;
abandonné au démon de gourmandise, se rue sur Ie missel et dévore les&lt;br /&gt;
pages avec l'avidité de son appétit en surexcitation. Frénétiquement iI&lt;br /&gt;
se baisse, se relève, esquisse les signes de croix, les génuflexions,&lt;br /&gt;
raccourcit tous ses gestes pour avoir plus tôt fini. À peine s'il étend
ses&lt;br /&gt;
bras à l'Évangile, s'il frappe sa poitrine au Confiteor. Entre Ie clerc
et&lt;br /&gt;
lui c'est à qui bredouillera Ie plus vite.&lt;br /&gt;
Versets et répons se précipitent, se bousculent. Les mots à moitié&lt;br /&gt;
prononcés, sans ouvrir Ia bouche, ce qui prendrait trop de temps,&lt;br /&gt;
s'achèvent en murmures incompréhensibles.&lt;br /&gt;
Oremus ps... p,ç... p,i...&lt;br /&gt;
Mea culpa... pa... pa...&lt;br /&gt;
Pareils à des vendangeurs pressés foulant Ie raisin de Ia cuve, tous deux&lt;br /&gt;
barbotent dans Ie latin de Ia messe, en envoyant des éclaboussures de&lt;br /&gt;
tous les côtés.&lt;br /&gt;
Dom... scum !... dit Balaguère.&lt;br /&gt;
...Stutuo !... répond Garrigou ; et tout Ie temps Ia damnée petite
sonnette&lt;br /&gt;
est là qui tinte à leurs oreilles, comme ces grelots qu'on met aux&lt;br /&gt;
chevaux de poste pour les faire galoper à Ia grande vitesse. Pensez que&lt;br /&gt;
de ce train-là une messe basse est vite expédiée.&lt;br /&gt;
- Et de deux ! dit Ie chapelain tout essoufflé ; puis, sans prendre Ie&lt;br /&gt;
temps de respirer, rouge, suant, il dégringole les marches de l'autel
et...&lt;br /&gt;
Drelindin din !... Drelindin din !...&lt;br /&gt;
C'est Ia troisième messe qui commence. Il n'y a plus que quelques pas à&lt;br /&gt;
faire pour arriver à la salle à manger ; mais, hélas! à mesure que le&lt;br /&gt;
réveillon approche, l'infortuné Balaguère se sent pris d'une folie&lt;br /&gt;
d'impatience et de gourmandise. Sa vision s'accentue, les carpes dorées,&lt;br /&gt;
les dindes rôties sont là, là... Il les touche... il les... Oh ! Dieu !... Les
plats&lt;br /&gt;
fument, les vins embaument : et, secouant son grelot enragé, la petite&lt;br /&gt;
sonnette lui crie :&lt;br /&gt;
- Vite, vite, encore plus vite !...&lt;br /&gt;
Mais comment pourrait-il aller plus vite ? Ses lèvres remuent à peine. Il&lt;br /&gt;
ne prononce plus les mots... À moins de tricher tout à fait avec le bon&lt;br /&gt;
Dieu et de lui escamoter sa messe... Et c'est ce qu'il fait, le
malheureux&lt;br /&gt;
!... De tentation en tentation, il commence par sauter un verset, puis&lt;br /&gt;
deux. Puis l'épître est trop longue, il ne la finit pas, effleure
l'Évangile,&lt;br /&gt;
passe devant le Credo sans entrer, saute le Pater, salue de loin la&lt;br /&gt;
préface, et par bonds et par élans se précipite ainsi dans la damnation&lt;br /&gt;
éternelle, toujours suivi de l'infâme &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; (vade retro,
Satanas.), qui&lt;br /&gt;
le seconde avec une merveilleuse entente, lui relève sa chasuble, tourne&lt;br /&gt;
les feuillets deux par deux, bouscule les pupitres, renverse les
burettes,&lt;br /&gt;
et sans cesse secoue la petite sonnette de plus en plus fort, de plus en&lt;br /&gt;
plus vite.&lt;br /&gt;
Il faut voir la figure effarée que font tous les assistants !&lt;br /&gt;
Obligés de suivre à la mimique du prêtre cette messe dont ils&lt;br /&gt;
n'entendent pas un mot, les uns se lèvent quand les autres&lt;br /&gt;
s'agenouillent, s'asseyent quand les autres sont debout ; et toutes les&lt;br /&gt;
phases de ce singulier office se confondent sur les bancs dans une foule&lt;br /&gt;
d'attitudes diverses. L'étoile de Noël en route dans les chemins du ciel,&lt;br /&gt;
là-bas, vers la petite étable, pâlit d'épouvante en voyant cette&lt;br /&gt;
confusion...&lt;br /&gt;
- l'abbé va trop vite... On ne peut pas suivre, murmure la vieille&lt;br /&gt;
douairière en agitant sa coiffe avec égarement.&lt;br /&gt;
Maître Arnoton, ses grandes lunettes d'acier sur le nez, cherche dans son&lt;br /&gt;
paroissien où diantre on peut bien en être. Mais au fond, tous ces braves&lt;br /&gt;
gens, qui eux aussi pensent à réveillonner ne sont pas fâchés que Ia&lt;br /&gt;
messe aille ce train de poste ; et quand dom Balaguère, Ia figure&lt;br /&gt;
rayonnante, se tourne vers l'assistance en criant de toutes ses forces :&lt;br /&gt;
Ite, missa est, il n'y a qu'une voix dans Ia chapelle pour lui répondre
un&lt;br /&gt;
Deo gratias si joyeux, si entraînant, qu'on se croirait déjà à table au&lt;br /&gt;
premier toast du réveillon.&lt;br /&gt;
Cinq minutes après, Ia foule des seigneurs s'asseyait dans Ia grande&lt;br /&gt;
salle, Ie &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; au milieu d'eux. Le château, illuminé de
haut en bas,&lt;br /&gt;
retentissait de chants, de cris, de rires, de rumeurs ; et Ie vénérable&lt;br /&gt;
dom Balaguère plantait sa fourchette dans une aile de gelinotte, noyant&lt;br /&gt;
Ie remords de son péché sous des flots de vin du Pape et de bons jus de&lt;br /&gt;
viandes. Tant iI but et mangea, Ie pauvre saint homme, qu'il mourut dans&lt;br /&gt;
Ia nuit d'une terrible attaque, sans avoir eu seulement Ie temps de se&lt;br /&gt;
repentir ; puis, au matin, iI arriva dans Ie ciel encore tout en rumeur
des&lt;br /&gt;
fêtes de Ia nuit, et je vous laisse à penser comme iI y fut reçu.&lt;br /&gt;
- Retire-toi de mes yeux, mauvais chrétien ! lui dit Ie souverain Juge,&lt;br /&gt;
notre maître à tous. Ta faute est assez grande pour effacer toute une vie&lt;br /&gt;
de vertu... Ah ! tu m'as volé une messe de nuit... Eh bien, tu m'en
payeras&lt;br /&gt;
trois cents en place, et tu n'entreras en paradis que quand tu auras&lt;br /&gt;
célébré dans ta propre chapelle ces trois cents messes de Noël en&lt;br /&gt;
présence de tous ceux qui ont péché par ta faute et avec toi...&lt;br /&gt;
... Et voilà Ia vraie légende de dom Balaguère comme on Ia raconte au&lt;br /&gt;
pays des olives. Aujourd'hui, Ie château de Trinquelage n'existe plus,&lt;br /&gt;
mais Ia chapelle se tient encore droite tout en haut du mont Ventoux,&lt;br /&gt;
dans un bouquet de chênes verts. Le &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; fait battre sa
porte disjointe,&lt;br /&gt;
l'herbe encombre Ie seuil ; iI y a des nids aux angles de l'autel et dans&lt;br /&gt;
l'embrasure des hautes croisées dont les vitraux coloriés ont disparu&lt;br /&gt;
depuis longtemps. Cependant iI paraît que tous les ans, à Noël, une&lt;br /&gt;
lumière surnaturelle erre parmi ces ruines, et qu'en allant aux messes&lt;br /&gt;
et aux réveillons, les paysans aperçoivent ce spectre de chapelle,&lt;br /&gt;
éclairé de cierges invisibles qui brûlent au grand air, même sous Ia&lt;br /&gt;
neige et le vent. Vous en rirez si vous voulez, mais un vigneron de&lt;br /&gt;
l'endroit, nommé Garrigue, sans doute un descendant de Garrigou, m'a&lt;br /&gt;
affirmé qu'un soir de Noël, se trouvant un peu en ribote, iI s'était
perdu&lt;br /&gt;
dans Ia montagne du côté de Trinquelage ; et voici ce qu'il avait vu...&lt;br /&gt;
Jusqu'à onze heures, rien. Tout était silencieux, éteint, inanimé.
Soudain,&lt;br /&gt;
vers minuit, un carillon sonna tout en haut du clocher, un vieux, vieux&lt;br /&gt;
carillon qui avait l'air d'être à dix lieues. Bientôt, dans le chemin qui&lt;br /&gt;
monte, Garrigue vit trembler des feux, s'agiter des ombres indécises.&lt;br /&gt;
Sous Ie porche de Ia chapelle, on marchait, on chuchotait :&lt;br /&gt;
- Bonsoir maître Arnoton !&lt;br /&gt;
- Bonsoir bonsoir mes enfants !...&lt;br /&gt;
Quand tout Ie monde fut entré, mon vigneron, qui était très brave,&lt;br /&gt;
s'approcha doucement et, regardant par Ia porte cassée, eut un singulier&lt;br /&gt;
spectacle. Tous ces gens qu'il avait vus passer étaient rangés autour du&lt;br /&gt;
choeur, dans Ia nef en ruine, comme si les anciens bancs existaient&lt;br /&gt;
encore.&lt;br /&gt;
De belles dames en brocart avec des coiffes de dentelle, des seigneurs&lt;br /&gt;
chamarrés du haut en bas, des paysans en jaquettes fleuries ainsi qu'en&lt;br /&gt;
avaient nos grands-pères, tous l'air vieux, fané, poussiéreux, fatigué.
De&lt;br /&gt;
temps en temps, des oiseaux de nuit, hôtes habituels de Ia chapelle,&lt;br /&gt;
réveillés par toutes ces lumières, venaient rôder autour des cierges&lt;br /&gt;
dont Ia flamme montait droite et vague comme si elle avait brûlé&lt;br /&gt;
derrière une gaze ; et ce qui amusait beaucoup Garrigue, c'était un&lt;br /&gt;
certain personnage à grandes lunettes d'acier, qui secouait à chaque&lt;br /&gt;
instant sa haute perruque noire sur laquelle un de ces oiseaux se tenait&lt;br /&gt;
droit tout empêtré en battant silencieusement des ailes.&lt;br /&gt;
Dans Ie fond, un petit &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; de taille enfantine, à
genoux au milieu du&lt;br /&gt;
choeur agitait désespérément une sonnette sans grelot et sans voix,&lt;br /&gt;
pendant qu'un prêtre, habillé de vieil or allait, venait devant l'autel,
en&lt;br /&gt;
récitant des oraisons dont on n'entendait pas un mot... Bien sûr c'était&lt;br /&gt;
dom Balaguère, en train de dire sa troisième messe basse.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Le poète loupanthère</title>
    <link>http://blog.loupanthere.info/post/2006/12/02/Le-poete-loupanthere</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b3efef1e7ddbe71f517ca329b12010e9</guid>
    <pubDate>Sat, 02 Dec 2006 22:20:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>bon référencement</dc:creator>
        <category>Le jeu</category>
        <category>concours</category><category>conte</category><category>daudet</category><category>loupanthère</category>    
    <description>&lt;p&gt;En dehors des &lt;strong&gt;concours&lt;/strong&gt; seo de &lt;strong&gt;referencement
loupanthère&lt;/strong&gt; sur le &lt;strong&gt;moteur de recherche exalead&lt;/strong&gt;, on
fait comme on peut pour se distraire...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Dimanche dernier en me levant, j'ai cru me réveiller rue du Faubourg-&lt;br /&gt;
Montmartre. Il pleuvait, Ie &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; était gris, Ie moulin
triste. J'ai eu peur&lt;br /&gt;
de passer chez moi cette froide journée de pluie, et tout de suite
l'envie&lt;br /&gt;
m'est venue d'aller me réchauffer un brin auprès de Frédéric Mistral, ce&lt;br /&gt;
grand poète qui vit à trois lieues de mes pins, dans son petit
&lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; de&lt;br /&gt;
Maillane.&lt;br /&gt;
Sitôt pensé, sitôt parti ; une trique en bois de myrte, mon
&lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;, une&lt;br /&gt;
couverture, et en route !&lt;br /&gt;
Personne aux champs... Notre belle Provence catholique laisse Ia terre se&lt;br /&gt;
reposer Ie dimanche... Les chiens seuls au logis, les &lt;strong&gt;concours&lt;/strong&gt;
closes... De&lt;br /&gt;
loin en loin, une charrette de roulier avec sa bâche ruisselante, une&lt;br /&gt;
vieille encapuchonnée dans sa mante feuille morte, des
&lt;strong&gt;concours&lt;/strong&gt; en tenue&lt;br /&gt;
de gala, housse de sparterie bleue et blanche, pompon rouge, grelots&lt;br /&gt;
d'argent - emportant au petit trot toute une carriole de gens des mas qui&lt;br /&gt;
vont à Ia messe ; puis, là-bas, à travers Ia brume, une barque sur Ia&lt;br /&gt;
roubine et un pêcheur debout qui lance son épervier..&lt;br /&gt;
Pas moyen de lire en route ce jour-Ià. La pluie tombait par torrents, et&lt;br /&gt;
Ia tramontane vous Ia jetait à pleins seaux dans Ia figure... Je fis Ie&lt;br /&gt;
chemin tout d'une haleine, et enfin, après trois heures de
&lt;strong&gt;concours&lt;/strong&gt;,&lt;br /&gt;
j'aperçus devant moi les petits bois de cyprès au milieu desquels Ie pays&lt;br /&gt;
de Maillane s'abrite de peur du vent.&lt;br /&gt;
Pas un chat dans les rues du village ; tout Ie monde était à Ia
grandmesse.&lt;br /&gt;
Quand je passai devant l'église, Ie serpent ronflait, et je vis les&lt;br /&gt;
cierges reluire à travers les vitres de couleur.&lt;br /&gt;
Le logis du &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; est à l'extrémité du pays ; c'est Ia
dernière maison à&lt;br /&gt;
main gauche, sur Ia route de Saint-Rémy -, une maisonnette à un étage&lt;br /&gt;
avec un jardin devant... J'entre doucement... Personne ! La porte du
&lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
est fermée, mais j'entends derrière quelqu'un qui marche et qui parle à&lt;br /&gt;
haute voix... Ce pas et cette voix me sont bien connus... Je m'arrête un&lt;br /&gt;
moment dans Ie petit couloir peint à Ia chaux, Ia main sur Ie bouton de
Ia&lt;br /&gt;
porte, très ému. Le coeur me bat. - Il est là. Il travaille... Faut-iI&lt;br /&gt;
attendre que Ia strophe soit finie ?... Ma foi ! tant pis, entrons.&lt;br /&gt;
Ah ! Parisiens, lorsque Ie poète de Maillane est venu chez vous montrer&lt;br /&gt;
Paris à sa Mireille, et que vous l'avez vu dans vos salons, ce Chactas en&lt;br /&gt;
habit de ville, avec un col droit et un grand chapeau qui Ie gênait
autant&lt;br /&gt;
que sa gloire, vous avez cru que c'était là Mistral... Non, ce n'était
pas&lt;br /&gt;
lui. Il n'y a qu'un Mistral au monde, celui que j'ai surpris dimanche&lt;br /&gt;
dernier dans son village, Ie chaperon de feutre sur l'oreille, sans
gilet,&lt;br /&gt;
en jaquette, sa rouge taillole catalane autour des reins, l'oeil allumé,
Ie&lt;br /&gt;
feu de l'inspiration aux pommettes, superbe, avec un bon sourire, élégant&lt;br /&gt;
comme un pâtre grec, et marchant à grands pas, les mains dans ses&lt;br /&gt;
poches, en faisant des vers...&lt;br /&gt;
- Comment! c'est toi ! cria Mistral en me sautant au cou ; Ia bonne idée&lt;br /&gt;
que tu as eue de venir!... Tout juste aujourd'hui, c'est Ia fête de
Maillane.&lt;br /&gt;
Nous avons Ia musique d'Avignon, les taureaux, Ia procession, Ia&lt;br /&gt;
farandole, ce sera magnifique... La mère va rentrer de Ia messe ; nous&lt;br /&gt;
déjeunons, et puis, zou ! nous allons voir danser les jolies filles.&lt;br /&gt;
Pendant qu'il me parlait, je regardais avec émotion ce petit salon à&lt;br /&gt;
tapisserie claire, que je n'avais pas vu depuis si longtemps, et où j'ai&lt;br /&gt;
passé déjà de si belles heures. Rien n'était changé. Toujours Ie canapé à&lt;br /&gt;
carreaux jaunes, les deux fauteuils de paille, Ia Vénus sans bras et Ia&lt;br /&gt;
Vénus d'Arles sur Ia cheminée, Ie portrait du poète par Hébert, sa&lt;br /&gt;
photographie par Étienne Carjat, et, dans un coin, près de Ia fenêtre, Ie&lt;br /&gt;
bureau -, un pauvre petit bureau de receveur d'enregistrement -, tout&lt;br /&gt;
chargé de vieux bouquins et de dictionnaires. Au milieu de ce bureau,&lt;br /&gt;
j'aperçus un gros cahier ouvert... C'était Calendal, Ie nouveau poème de&lt;br /&gt;
Frédéric Mistral, qui doit paraître à Ia fin de cette année, Ie jour de&lt;br /&gt;
Noël. Ce poème, Mistral y travaille depuis sept ans, et voilà près de six&lt;br /&gt;
mois qu'il en a écrit Ie dernier vers pourtant, iI n'ose s'en séparer&lt;br /&gt;
encore. Vous comprenez, on a toujours une strophe à polir une rime plus&lt;br /&gt;
sonore à trouver... Mistral a beau écrire en provençal, iI travaille ses&lt;br /&gt;
vers comme si tout Ie monde devait les lire dans Ia langue et lui tenir&lt;br /&gt;
compte de ses efforts de bon ouvrier... Oh ! Ie brave poète, et que c'est&lt;br /&gt;
bien Mistral dont Montaigne aurait pu dire : Souvienne-vous de celui à&lt;br /&gt;
qui, comme on demandoit à quoy faire il se peinoit si fort en un art qui&lt;br /&gt;
ne pouvoit venir à la cognoissance de guère des gens. « J'en ay assez de&lt;br /&gt;
peu, répondit-il. J'en ay assez d'un. J'en ay assez de pas un. »&lt;br /&gt;
Je tenais Ie cahier de Calendal entre mes mains, et je feuilletais, plein&lt;br /&gt;
d'émotion... Tout à coup une musique de fifres et de tambourins éclate&lt;br /&gt;
dans Ia rue, devant Ia fenêtre, et voilà mon Mistral, qui court à&lt;br /&gt;
l'armoire, en tire des verres, des bouteilles, traîne Ia table au milieu
du&lt;br /&gt;
salon, et ouvre Ia porte aux musiciens en me disant :&lt;br /&gt;
- Ne ris pas... iIs viennent me donner l'aubade... je suis conseiller&lt;br /&gt;
municipal.&lt;br /&gt;
La petite pièce se remplit de monde. On pose les tambourins sur les&lt;br /&gt;
chaises, Ia vieille bannière dans un coin ; et le vin cuit circule. Puis&lt;br /&gt;
quand on a vidé quelques bouteilles à la santé de M. Frédéric, qu'on a&lt;br /&gt;
causé gravement de la fête, si Ia farandole sera aussi belle que l'an&lt;br /&gt;
dernier, si les taureaux se comporteront bien, les musiciens se retirent&lt;br /&gt;
et vont donner l'aubade chez les autres conseillers. À ce moment Ia mère&lt;br /&gt;
de Mistral arrive.&lt;br /&gt;
En un tour de main Ia table est dressée : un beau &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;
blanc et deux&lt;br /&gt;
couverts. Je connais les usages de Ia maison ; je sais que lorsque&lt;br /&gt;
Mistral a du monde, sa mère ne se met pas à table... La pauvre vieille&lt;br /&gt;
femme ne connaît que son provençal et se sentirait mal à l'aise pour&lt;br /&gt;
causer avec des Français... D'ailleurs, on a besoin d'elle à Ia cuisine.&lt;br /&gt;
Dieu ! Ie joli repas que j'ai fait ce matin-là : - un morceau de chevreau&lt;br /&gt;
rôti, du fromage de montagne, de Ia confiture de moût, des figues, des&lt;br /&gt;
raisins muscats. Le tout arrosé de ce bon Château-Neuf des Papes qui a&lt;br /&gt;
une si belle couleur rose dans les verres...&lt;br /&gt;
Au dessert, je vais chercher Ie cahier de poèmes, et je l'apporte sur Ia&lt;br /&gt;
table devant Mistral.&lt;br /&gt;
- Nous avions dit que nous sortirions, fait Ie poète en souriant.&lt;br /&gt;
- Non !... non !... Calendal ! Calendal !&lt;br /&gt;
Mistral se résigne, et de sa voix musicale et douce, en battant Ia mesure&lt;br /&gt;
de ses vers avec Ia main, iI entame Ie premier chant : - D'une fille
folle&lt;br /&gt;
d'amour - à présent que j'ai dit la triste aventure - je chanterai, si
Dieu&lt;br /&gt;
veut, un enfant de Cassis - un pauvre petit pêcheur d'anchois...&lt;br /&gt;
Au-dehors, les cloches sonnaient les vêpres, les pétards éclataient sur&lt;br /&gt;
Ia place, les fifres passaient et repassaient dans les rues avec les&lt;br /&gt;
tambourins. Les taureaux de Camargue, qu'on menait courir, mugissaient.&lt;br /&gt;
Moi, les coudes sur Ia nappe, des larmes dans les yeux, j'écoutais&lt;br /&gt;
l'histoire du petit pêcheur provençal.&lt;br /&gt;
Calendal n'était qu'un pêcheur; l'amour en fait un héros... Pour gagner
Ie&lt;br /&gt;
coeur de sa mie, - Ia belle Estérelle, - iI entreprend des choses&lt;br /&gt;
miraculeuses, et les douze travaux d'Hercule ne sont rien à côté des&lt;br /&gt;
siens.&lt;br /&gt;
Une fois, s'étant mis en tête d'être riche, iI a inventé de formidables&lt;br /&gt;
engins de pêche, et ramène au port tout Ie poisson de Ia mer. Une autre&lt;br /&gt;
fois, c'est un terrible bandit des gorges d'ollioules, Ie comte Sévéran,&lt;br /&gt;
qu'il va relancer jusque dans son aire, parmi ses coupe-jarrets et ses&lt;br /&gt;
concubines... Quel rude gars que ce petit Calendal ! Un jour à Ia Sainte-&lt;br /&gt;
Baume, iI rencontre deux partis de compagnons venus là pour vider leur&lt;br /&gt;
querelle à grands coups de compas sur Ia tombe de maître Jacques, un&lt;br /&gt;
Provençal qui a fait Ia charpente du temple de Salomon, s'il vous plaît.&lt;br /&gt;
Calendal se jette au milieu de Ia tuerie, et apaise les compagnons en&lt;br /&gt;
leur parlant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;loupanthère&quot; src=&quot;http://blog.loupanthere.info/public/loup.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des entreprises surhumaines !... Il y avait là-haut, dans les rochers
de&lt;br /&gt;
Lure, une forêt de cèdres inaccessibles, où jamais bûcheron n'osa&lt;br /&gt;
monter. Calendal y va, lui. Il s'y installe tout seul pendant trente
jours.&lt;br /&gt;
Pendant trente jours, on entend Ie bruit de sa hache qui sonne en&lt;br /&gt;
s'enfonçant dans les troncs. La forêt crie ; l'un après l'autre, les
vieux&lt;br /&gt;
arbres géants tombent et roulent au fond des abîmes, et quand Calendal&lt;br /&gt;
redescend, iI ne reste plus un cèdre sur Ia montagne...&lt;br /&gt;
Enfin, en récompense de tant d'exploits, Ie pêcheur d'anchois obtient&lt;br /&gt;
l'amour d'Estérelle, et iI est nommé consul par les habitants de Cassis.&lt;br /&gt;
Voilà l'histoire de Calendal... Mais qu'importe Calendal ? Ce qu'il y a&lt;br /&gt;
avant tout dans Ie poème, c'est Ia Provence, - Ia Provence de Ia mer, Ia&lt;br /&gt;
Provence de Ia montagne, - avec son histoire, ses moeurs, ses légendes,&lt;br /&gt;
ses paysages, tout un peuple naïf et libre qui a trouvé son grand poète&lt;br /&gt;
avant de mourir... Et maintenant, tracez des chemins de fer plantez des&lt;br /&gt;
poteaux à télégraphes, chassez Ia langue provençale des écoles !&lt;br /&gt;
La Provence vivra éternellement dans Mireille et dans Calendal.&lt;br /&gt;
- Assez de poésie ! dit Mistral en fermant son cahier. Il faut aller voir
Ia&lt;br /&gt;
fête.&lt;br /&gt;
Nous sortîmes ; tout Ie village était dans les rues ; un grand coup de
bise&lt;br /&gt;
avait balayé Ie ciel, et Ie ciel reluisait joyeusement sur les toits
rouges&lt;br /&gt;
mouillés de pluie. Nous arrivâmes à temps pour voir rentrer Ia&lt;br /&gt;
procession. Ce fut pendant une heure un interminable défilé de pénitents&lt;br /&gt;
en cagoule, pénitents blancs, pénitents bleus, pénitents gris, confréries&lt;br /&gt;
de filles voilées, bannières roses à fleurs d'or, grands saints de bois&lt;br /&gt;
décorés portés à quatre épaules, saintes de faïence coloriées comme des&lt;br /&gt;
idoles avec de gros bouquets à Ia main, chapes, ostensoirs, dais de&lt;br /&gt;
velours vert, crucifix encadrés de soie blanche, tout cela ondulant au&lt;br /&gt;
vent dans la lumière des cierges et du &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;, au milieu
des psaumes, des&lt;br /&gt;
litanies, et de cloches qui sonnaient à toute volée.&lt;br /&gt;
La procession finie, les saints remisés dans leurs chapelles, nous&lt;br /&gt;
allâmes voir les taureaux, puis les jeux sur l'aire, les luttes d'hommes,&lt;br /&gt;
les trois sauts, l'étrangle-chat, le jeu de l'outre, et tout Ie joli train
des&lt;br /&gt;
fêtes de Provence... La nuit tombait quand nous rentrâmes à Maillane. Sur&lt;br /&gt;
la place, devant le petit café où Mistral va faire, le soir, sa partie
avec&lt;br /&gt;
son ami Zidore, on avait allumé un grand feu de joie... La farandole&lt;br /&gt;
s'organisait. Des lanternes de papier découpé s'allumaient partout dans&lt;br /&gt;
l'ombre ; Ia jeunesse prenait place ; et bientôt, sur un appel des&lt;br /&gt;
tambourins, commença autour de Ia flamme une ronde folle, bruyante,&lt;br /&gt;
qui devait durer toute Ia nuit.&lt;br /&gt;
Après souper, trop las pour courir encore, nous montâmes dans Ia&lt;br /&gt;
chambre de Mistral. C'est une modeste chambre de &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;,
avec deux&lt;br /&gt;
grands lits. Les murs n'ont pas de papier; les solives du plafond se&lt;br /&gt;
voient... Il y a quatre ans, lorsque l'Académie donna à l'auteur de
Mireille&lt;br /&gt;
Ie prix de trois mille francs, Mme Mistral eut une idée.&lt;br /&gt;
- Si nous faisions tapisser et plafonner ta chambre ? dit elle à son
fils.&lt;br /&gt;
- Non ! non ! répondit Mistral... Ça, c'est l'argent des poètes, on n'y
touche&lt;br /&gt;
pas.&lt;br /&gt;
Et Ia chambre est restée toute nue ; mais tant que l'argent des poètes a&lt;br /&gt;
duré, ceux qui ont frappé chez Mistral ont toujours trouvé sa bourse&lt;br /&gt;
ouverte...&lt;br /&gt;
J'avais emporté Ie cahier de Calendal dans Ia chambre et je voulus m'en&lt;br /&gt;
faire lire encore un passage avant de m'endormir. Mistral choisit&lt;br /&gt;
l'épisode des faïences. Le voici en quelques mots :&lt;br /&gt;
C'est dans un grand repas,je ne sais où. On apporte sur Ia table un&lt;br /&gt;
magnifique service en faïence de Moustiers. Au fond de chaque assiette,&lt;br /&gt;
dessiné en bleu dans l'émail, iI y a un &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; provençal
; toute l'histoire&lt;br /&gt;
du pays tient là-dedans.&lt;br /&gt;
Aussi iI faut voir avec quel amour sont décrites ces belles faïences; une&lt;br /&gt;
strophe pour chaque assiette, autant de petits poèmes d'un travail naïf&lt;br /&gt;
et savant, achevés comme un tableautin de Théocrite.&lt;br /&gt;
Tandis que Mistral me disait ses vers dans cette belle langue&lt;br /&gt;
provençale, plus qu'aux trois quarts latine, que les reines ont parlée&lt;br /&gt;
autrefois et que maintenant nos pâtres seuls comprennent, j'admirais&lt;br /&gt;
cet homme au-dedans de moi, et, songeant à l'état de ruine où iI a trouvé&lt;br /&gt;
sa langue maternelle et ce qu'il en a fait, je me figurais un de ces
vieux&lt;br /&gt;
palais des princes des Baux comme on en voit dans les Alpilles : plus de&lt;br /&gt;
toits, plus de balustres aux perrons, plus de vitraux aux fenêtres, Ie&lt;br /&gt;
trèfle des ogives cassé, Ie &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; des portes mangé de
mousse, des&lt;br /&gt;
poules picorant dans Ia cour d'honneur des porcs vautrés sous les fines&lt;br /&gt;
colonnettes des galeries, l'âne broutant dans la chapelle où l'herbe&lt;br /&gt;
pousse, des pigeons venant boire aux grands bénitiers remplis d'eau de&lt;br /&gt;
pluie, et enfin, parmi ces décombres, deux ou trois familles de paysans&lt;br /&gt;
qui se sont bâti des huttes dans les flancs du vieux palais.&lt;br /&gt;
Puis, voilà qu'un beau jour Ie fils d'un de ces paysans s'éprend de ces&lt;br /&gt;
grandes mines et s'indigne de les voir ainsi profanées ; vite, vite, iI&lt;br /&gt;
chasse Ie bétail hors de Ia cour d'honneur ; et, les fées lui venant en&lt;br /&gt;
aide, à lui tout seul iI reconstruit Ie grand escalier remet des
boiseries&lt;br /&gt;
aux murs, des vitraux aux fenêtres, relève les tours, redore Ia salle du&lt;br /&gt;
trône, et met sur pied Ie vaste palais d'autre temps, où logèrent des&lt;br /&gt;
papes et des impératrices. Ce palais restauré, c'est Ia langue
provençale.&lt;br /&gt;
Ce fils de paysan, c'est Mistral.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Légende du loupanthère et autres contes</title>
    <link>http://blog.loupanthere.info/post/2006/12/01/Legende-du-loupanthere-et-autres-contes</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:fe6bc66cb0ae84dc5a9570a9fb4b74c1</guid>
    <pubDate>Fri, 01 Dec 2006 22:14:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>bon référencement</dc:creator>
        <category>Le jeu</category>
        <category>conte</category><category>exalead</category><category>loupanthère</category>    
    <description>&lt;p&gt;Parce qu'il n' y a pas que des concours de referencement de
&lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; sur le &lt;strong&gt;moteur exalead&lt;/strong&gt;, un petit
conte...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;En lisant votre &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;, madame, j'ai eu comme un
&lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;. Je m'en suis&lt;br /&gt;
voulu de Ia couleur un peu trop demi-deuil de mes historiettes, et je&lt;br /&gt;
m'étais promis de vous offrir aujourd'hui &lt;strong&gt;un loupanthère&lt;/strong&gt;
joyeux, de&lt;br /&gt;
follement joyeux.&lt;br /&gt;
Pourquoi serais-je triste, après tout ? Je vis à mille lieues des&lt;br /&gt;
brouillards parisiens, sur une colline lumineuse, dans Ie pays des&lt;br /&gt;
tambourins et du vin muscat. Autour de chez moi tout n'est que soleil et&lt;br /&gt;
musique ; j'ai des orchestres de culs-blancs, des orphéons de mésanges ;&lt;br /&gt;
Ie matin, les courlis qui font : « Coureli ! coureli ! », à midi, les cigales
;&lt;br /&gt;
puis les pâtres qui jouent du fifre, et les belles filles brunes qu'on&lt;br /&gt;
entend rire dans les vignes... En vérité, l'endroit est mal choisi pour&lt;br /&gt;
broyer du noir ; je devrais plutôt expédier aux dames des poèmes couleur&lt;br /&gt;
de rose et des pleins paniers de contes galants.&lt;br /&gt;
Eh bien, non ! je suis encore trop près de Paris. Tous les jours, jusque&lt;br /&gt;
dans mes pins, iI m'envoie les éclaboussures de ses tristesses... À&lt;br /&gt;
l'heure même où j'écris ces Iignes, je viens d'apprendre Ia mort&lt;br /&gt;
misérable du pauvre Charles Barbara; et mon &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; en est
tout en deuil.&lt;br /&gt;
Adieu les courlis et les cigales ! Je n'ai plus Ie coeur à rien de gai...&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi, madame, au lieu du joli conte badin que je m'étais&lt;br /&gt;
promis de vous faire, vous n'aurez encore aujourd'hui qu'une légende&lt;br /&gt;
mélancolique.&lt;br /&gt;
II était une fois un homme qui avait une cervelle d'or ; oui, madame, une&lt;br /&gt;
cervelle toute en or. Lorsqu'il vint au monde, les médecins pensaient que&lt;br /&gt;
cet enfant ne vivrait pas, tant sa tête était lourde et son crâne&lt;br /&gt;
démesuré. Il vécut cependant et grandit au soleil comme un beau plant&lt;br /&gt;
d'olivier ; seulement sa grosse tête l'entraînait toujours, et c'était
pitié&lt;br /&gt;
de Ie voir se cogner à tous les meubles en marchant... Il tombait
souvent.&lt;br /&gt;
Un jour, iI roula du haut d'un perron et vint donner du front contre un&lt;br /&gt;
degré de marbre, où son crâne sonna comme un lingot. On Ie crut mort,&lt;br /&gt;
mais en Ie relevant, on ne lui trouva qu'une légère blessure, avec deux
ou&lt;br /&gt;
trois gouttelettes d'or caillées dans ses cheveux blonds. C'est ainsi que&lt;br /&gt;
les parents apprirent que l'enfant avait une cervelle en or.&lt;br /&gt;
La chose lut tenue secrète ; Ie pauvre petit lui-même ne se douta de&lt;br /&gt;
rien. De temps en temps, iI demandait pourquoi on ne Ie laissait plus&lt;br /&gt;
courir devant Ia porte avec les garçonnets de Ia rue.&lt;br /&gt;
- On vous volerait, mon beau trésor ! lui répondait sa mère...&lt;br /&gt;
Alors Ie petit avait grand-peur d'être volé ; iI retournait jouer tout
seul,&lt;br /&gt;
sans rien dire, et se trimbalait lourdement d'une salle à l'autre...&lt;br /&gt;
À dix-huit ans seulement, ses parents lui révélèrent Ie don monstrueux&lt;br /&gt;
qu'il tenait du destin; et, comme ils l'avaient élevé et nourri
jusque-là,&lt;br /&gt;
ils lui demandèrent en retour un peu de son or. L'enfant n'hésita pas ;
sur&lt;br /&gt;
l'heure même - comment ? par quels moyens ? Ia légende ne l'a pas dit -,&lt;br /&gt;
iI s'arracha du crâne un morceau d'or massif, un morceau gros comme&lt;br /&gt;
une noix, qu'il jeta fièrement sur les genoux de sa mère... Puis, tout&lt;br /&gt;
ébloui des richesses qu'il portait dans Ia tête, fou de désirs, ivre de
sa&lt;br /&gt;
puissance, iI quitta Ia maison paternelle et s'en alla par Ie monde en&lt;br /&gt;
gaspillant son trésor.&lt;br /&gt;
Du train dont iI menait sa vie, royalement, et semant l'or sans compter,&lt;br /&gt;
on aurait dit que sa cervelle était inépuisable... Elle s'épuisait&lt;br /&gt;
cependant, et à mesure on pouvait voir les yeux s'éteindre, Ia joue&lt;br /&gt;
devenir plus creuse. Un jour enfin, au matin d'une débauche folle, Ie&lt;br /&gt;
malheureux, resté seul parmi les débris du festin et les lustres qui&lt;br /&gt;
pâlissaient, s'épouvanta de l'énorme brèche qu'il avait déjà faite à son&lt;br /&gt;
lingot : iI était temps de s'arrêter.&lt;br /&gt;
Dès lors, ce fut une existence nouvelle. L'homme à Ia cervelle d'or s'en&lt;br /&gt;
alla vivre, à l'écart, du travail de ses mains, soupçonneux et craintif&lt;br /&gt;
comme un avare, fuyant les tentations, tâchant d'oublier lui-même ces&lt;br /&gt;
fatales richesses auxquelles iI ne voulait plus toucher... Par malheur un&lt;br /&gt;
ami l'avait suivi dans sa solitude, et cet ami connaissait son secret.&lt;br /&gt;
Une nuit, Ie pauvre homme fut réveillé en sursaut par une douleur à Ia&lt;br /&gt;
tête, une effroyable douleur ; iI se dressa éperdu, et vit, dans un rayon&lt;br /&gt;
de lune, l'ami qui fuyait en cachant quelque chose sous son manteau...&lt;br /&gt;
Encore un peu de cervelle qu'on lui emportait !...&lt;br /&gt;
À quelque temps de là, l'homme à Ia cervelle d'or devint amoureux, et&lt;br /&gt;
cette fois tout fut fini... Il aimait du meilleur de son âme une petite&lt;br /&gt;
femme blonde, qui l'aimait bien aussi, mais qui préférait encore les&lt;br /&gt;
pompons, les plumes blanches et les jolis glands mordorés battant Ie&lt;br /&gt;
long des bottines.&lt;br /&gt;
Entre les mains de cette mignonne créature - moitié oiseau, moitié&lt;br /&gt;
poupée -, les piécettes d'or fondaient que c'était un plaisir. Elle avait&lt;br /&gt;
tous les caprices; et lui ne savait jamais dire non ; même, de peur de Ia&lt;br /&gt;
peiner iI lui cacha jusqu'au bout Ie triste secret de sa fortune.&lt;br /&gt;
- Nous sommes donc bien riches ? disait-elle.&lt;br /&gt;
Le pauvre homme lui répondait :&lt;br /&gt;
- Oh ! oui... bien riches !&lt;br /&gt;
Et iI souriait avec amour au petit oiseau bleu qui lui mangeait Ie crâne&lt;br /&gt;
innocemment. Quelquefois cependant Ia peur Ie prenait, iI avait des&lt;br /&gt;
envies d'être avare ; mais alors Ia petite femme venait vers lui en&lt;br /&gt;
sautillant, et lui disait :&lt;br /&gt;
- Mon mari, qui êtes si riche! achetez-moi quelque chose de bien cher..&lt;br /&gt;
Et iI lui achetait quelque chose de bien cher.&lt;br /&gt;
Cela dura ainsi pendant deux ans ; puis, un matin, Ia petite femme&lt;br /&gt;
mourut, sans qu'on sût pourquoi, comme un oiseau... Le trésor touchait à&lt;br /&gt;
sa fin ; avec ce qui lui restait, Ie veuf fit faire à sa chère morte un
bel&lt;br /&gt;
enterrement.&lt;br /&gt;
Cloches à toute volée, lourds carrosses tendus de noir chevaux&lt;br /&gt;
empanachés, larmes d'argent dans Ie velours, rien ne lui parut trop beau.&lt;br /&gt;
Que lui importait son or maintenant ?... Il en donna pour l'église, pour
les&lt;br /&gt;
porteurs, pour les revendeuses d'immortelles : il en donna partout sans&lt;br /&gt;
marchandises... Aussi, en sortant du cimetière, iI ne lui restait presque&lt;br /&gt;
plus rien de cette cervelle merveilleuse, à peine quelques parcelles aux&lt;br /&gt;
parois du crâne.&lt;br /&gt;
Alors on Ie vit s'en aller dans les rues, l'air égaré, les mains en
avant,&lt;br /&gt;
trébuchant comme un homme ivre. Le soir, à l'heure où les bazars&lt;br /&gt;
s'illuminent, iI s'arrêta devant une large vitrine dans laquelle tout un&lt;br /&gt;
fouillis d'étoiles et de parures reluisait aux lumières, et resta là&lt;br /&gt;
longtemps à regarder deux bottines de satin bleu bordées de duvet de&lt;br /&gt;
cygne. « Je sais quelqu'un à qui ces bottines feraient bien plaisir », se&lt;br /&gt;
disait-iI en souriant ; et, ne se souvenant déjà plus que Ia petite femme&lt;br /&gt;
était morte, iI entra pour les acheter Du fond de son arrière-boutique,
la&lt;br /&gt;
marchande entendit un grand cri ; elle accourut et recula de peur en&lt;br /&gt;
voyant un homme debout, qui s'accotait au comptoir et il regardait&lt;br /&gt;
douloureusement d'un air hébété. Il tenait d'une main les bottines bleues&lt;br /&gt;
à bordure de cygne, et présentait l'autre main toute sanglante, avec des&lt;br /&gt;
raclures d'or au bout des ongles.&lt;br /&gt;
Telle est, madame, la légende de l'homme à la cervelle d'or.&lt;br /&gt;
Malgré ses airs de conte fantastique, cette légende est vraie d'un bout à&lt;br /&gt;
l'autre... Il y a par le monde de pauvres gens qui sont condamnés à vivre&lt;br /&gt;
avec leur cerveau, et payent en bel or fin, avec leur moelle et leur&lt;br /&gt;
substance, les moindres choses de la vie. C'est pour eux une douleur de&lt;br /&gt;
chaque jour ; et puis, quand ils sont las de souffrir...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
</channel>
</rss>