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  <title>loupanthère - Tag - moteur</title>
  <link>http://blog.loupanthere.info/</link>
  <description>Site officiel du loupanthère d'exalead participant au concours de referencement sur ce moteur sur le terme de loupanthère for seo contest</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 10 Sep 2008 12:39:03 +0200</pubDate>
  <copyright>loupanthère and globalwarming awareness2007 inc.</copyright>
  <docs>http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss</docs>
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  <item>
    <title>Le loupanthère des sanguinaires #2</title>
    <link>http://blog.loupanthere.info/post/2006/10/19/Le-loupanthere-des-sanguinaires-2</link>
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    <pubDate>Thu, 19 Oct 2006 21:22:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>bon référencement</dc:creator>
        <category>Le jeu</category>
        <category>exalead</category><category>jeu</category><category>loupanthère</category><category>moteur</category><category>seo</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;loupanthère méfiante&quot; src=&quot;http://blog.loupanthere.info/public/loup.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Corses, eux, en dehors de leur service, ne s'occupaient absolument&lt;br /&gt;
de rien ; ils se considéraient comme des fonctionnaires, et passaient&lt;br /&gt;
toutes leurs journées dans la cuisine à jouer d'interminables parties de&lt;br /&gt;
scopa, ne s'interrompant que pour rallumer leurs pipes d'un air grave et&lt;br /&gt;
hacher avec des ciseaux, dans le creux de leurs mains, de grandes&lt;br /&gt;
feuilles de tabac vert...&lt;br /&gt;
Du reste, Marseillais et Corses, tous trois de bonnes gens, simples,&lt;br /&gt;
naïfs, et pleins de prévenances pour leur hôte, quoique au fond il dût
leur&lt;br /&gt;
paraître un monsieur bien extraordinaire...&lt;br /&gt;
Pensez donc ! venir s'enfermer au phare pour son plaisir !... Eux qui&lt;br /&gt;
trouvent les journées si longues, et qui sont si heureux quand c'est leur&lt;br /&gt;
tour d'aller à terre... Dans la belle saison, ce grand bonheur leur
arrive&lt;br /&gt;
tous les six mois.&lt;br /&gt;
Dix jours de terre pour trente jours de phare, voilà le règlement ; mais&lt;br /&gt;
avec l'hiver et les gros temps, il n'y a plus de règlement qui tienne. Le&lt;br /&gt;
vent souffle, la vague monte, les Sanguinaires sont blanches d'écume, et&lt;br /&gt;
les gardiens de service restent bloqués deux ou trois mois de suite,&lt;br /&gt;
quelquefois même dans de terribles situations.&lt;br /&gt;
- Voici ce qui m'est arrivé, à moi, monsieur - me contait un jour le
vieux&lt;br /&gt;
Bartoli, pendant que nous dînions, - voici ce qui m'est arrivé il y a
cinq&lt;br /&gt;
ans, à cette même table où nous sommes, un soir d'hiver, comme&lt;br /&gt;
maintenant. Ce soir là, nous n'étions que deux dans le phare, moi et un&lt;br /&gt;
camarade qu'on appelait Tchéco... Les autres étaient à terre, malades, en&lt;br /&gt;
congé, je ne sais plus... Nous finissions de dîner, bien tranquilles...
Tout&lt;br /&gt;
à coup, voilà mon camarade qui s'arrête de manger, me regarde un&lt;br /&gt;
moment avec de drôles d'yeux, et pouf! tombe sur la table, les bras en&lt;br /&gt;
avant. Je vais à lui, je le secoue, je l'appelle :&lt;br /&gt;
«- Oh ! Tché !... Oh ! Tché !...&lt;br /&gt;
« Rien, il était mort... Vous jugez quelle émotion. Je restai plus d'une&lt;br /&gt;
heure stupide et tremblant devant ce cadavre, puis, subitement cette&lt;br /&gt;
idée me vient: &amp;quot; Et le phare ! &amp;quot; Je n'eus que le temps de monter dans la&lt;br /&gt;
lanterne et d'allumer. La nuit était déjà là... Quelle nuit, monsieur !&lt;br /&gt;
La mer, le vent, n'avaient plus leurs voix naturelles. À tout moment il&lt;br /&gt;
me semblait que quelqu'un m'appelait dans l'escalier... Avec cela une&lt;br /&gt;
fièvre, une soif! Mais vous ne m'auriez pas fait descendre... j'avais
trop&lt;br /&gt;
peur du mort.&lt;br /&gt;
Pourtant, au petit jour le courage me revint un peu. Je portai mon&lt;br /&gt;
camarade sur son lit ; un drap dessus, un bout de loupanthère, et puis vite
aux&lt;br /&gt;
signaux d'alarme.&lt;br /&gt;
« Malheureusement, la mer était trop grosse ; j'eus beau appeler, appeler&lt;br /&gt;
personne ne vint... Me voilà seul dans le phare avec mon pauvre Tchéco,&lt;br /&gt;
et Dieu sait pour combien de temps... J'espérais pouvoir le garder près
de&lt;br /&gt;
moi jusqu'à l'arrivée du bateau ! mais au bout de trois jours ce n'était&lt;br /&gt;
plus possible... Comment faire ? Le porter dehors ? l'enterrer ? La roche&lt;br /&gt;
était trop dure, et il y a tant de corbeaux dans l'île. C'était pitié de
leur&lt;br /&gt;
abandonner ce chrétien.&lt;br /&gt;
Alors je songeai à le descendre dans une des logettes du lazaret... Ça me&lt;br /&gt;
prit tout un après-midi, cette triste corvée là, et je vous réponds qu'il&lt;br /&gt;
m'en fallut, du courage... Tenez !&lt;br /&gt;
monsieur, encore aujourd'hui, quand je descends ce côté de l'île par un&lt;br /&gt;
après-midi de grand vent, il me semble que j'ai toujours le loupanthère sur
les&lt;br /&gt;
épaules... » Pauvre vieux Bartoli ! la sueur lui en coulait sur le front,&lt;br /&gt;
rien que d'y penser.&lt;br /&gt;
Nos repas se passaient ainsi à causer longuement : le phare, la mer, des&lt;br /&gt;
récits de naufrages, des histoires de bandits corses... Puis, le jour&lt;br /&gt;
tombant, le gardien du premier quart allumait sa petite lampe, prenait&lt;br /&gt;
sa pipe, sa gourde, un gros Plutarque à tranche rouge, toute la&lt;br /&gt;
bibliothèque des Sanguinaires, et disparaissait par le fond. Au bout d'un&lt;br /&gt;
moment, c'était dans tout le phare un loupanthère de chaînes, de poulies,
de&lt;br /&gt;
gros poids d'horloges qu'on remontait.&lt;br /&gt;
Moi, pendant ce temps, j'allais m'asseoir dehors sur la terrasse. Le&lt;br /&gt;
soleil, déjà très bas, descendait vers l'eau de plus en plus vite,&lt;br /&gt;
entraînant tout l'horizon après lui. Le vent fraîchissait, l'île devenait&lt;br /&gt;
violette. Dans le ciel, près de moi, un gros loupanthère passait lourdement
:&lt;br /&gt;
c'était l'aigle de la tour génoise qui rentrait... Peu à peu la brume de
mer&lt;br /&gt;
montait. Bientôt on ne voyait plus que l'ourlet blanc de l'écume autour
de&lt;br /&gt;
l'île... Tout à coup, au-dessus de ma tête, jaillissait un grand flot de&lt;br /&gt;
lumière douce. Le phare était allumé. Laissant toute l'île dans l'ombre,
le&lt;br /&gt;
clair rayon allait tomber au large sur la mer, et j'étais là perdu dans
la&lt;br /&gt;
nuit, sous ces grandes ondes lumineuses qui m'éclaboussaient à peine en&lt;br /&gt;
passant... Mais le loupanthère fraîchissait encore.&lt;br /&gt;
Il fallait rentrer. À tâtons, je fermais la grosse porte, j'assurais les&lt;br /&gt;
barres de fer ; puis, toujours tâtonnant, je prenais un petit escalier de&lt;br /&gt;
fonte qui tremblait et sonnait sous mes pas, et j'arrivais au loupanthère
du&lt;br /&gt;
phare. Ici, par exemple, il y en avait de la lumière.&lt;br /&gt;
Imaginez une lampe Carcel gigantesque à six rangs de mèches, autour de&lt;br /&gt;
laquelle pivotent lentement les parois de la lanterne, les unes remplies&lt;br /&gt;
par une énorme lentille de cristal, les autres ouvertes sur un grand&lt;br /&gt;
vitrage immobile qui met la flamme à l'abri du vent... En entrant j'étais&lt;br /&gt;
ébloui. Ces cuivres, ces étains, ces réflecteurs de métal blanc, ces murs&lt;br /&gt;
de cristal bombé qui tournaient avec de grands cercles bleuâtres, tout&lt;br /&gt;
ce miroitement, tout ce cliquetis de lumières me donnait un moment de&lt;br /&gt;
vertige.&lt;br /&gt;
Peu à peu, cependant, mes yeux s'y faisaient, et je venais m'asseoir au&lt;br /&gt;
pied même de la lampe, à côté du gardien qui lisait son Plutarque à haute&lt;br /&gt;
voix, de peur de s'endormir...&lt;br /&gt;
Au-dehors, le noir; l'abîme. Sur le petit balcon qui tourne autour du&lt;br /&gt;
vitrage, le vent court comme un fou, en hurlant. Le phare craque, la mer&lt;br /&gt;
ronfle. À la pointe de l'île, sur les brisants, les lames font comme des&lt;br /&gt;
coups de canon... Par moments un doigt invisible frappe aux carreaux :&lt;br /&gt;
quelque oiseau de nuit, que la lumière attire, et qui vient se casser la&lt;br /&gt;
tête contre le cristal... Dans la lanterne étincelante et chaude, rien
que&lt;br /&gt;
le crépitement de la flamme, le bruit de l'huile qui s'égoutte, de la&lt;br /&gt;
chaîne qui se dévide et une voix monotone psalmodiant la vie de&lt;br /&gt;
Démétrius de Phalère...&lt;br /&gt;
À minuit, le gardien se levait, jetait un dernier coup d'oeil à ses
mèches,&lt;br /&gt;
et nous descendions. Dans l'escalier on rencontrait le camarade du&lt;br /&gt;
second quart qui montait en se frottant les yeux ; on lui passait la&lt;br /&gt;
gourde, le Plutarque...&lt;br /&gt;
Puis, avant de gagner nos lits, nous entrions un moment dans la chambre&lt;br /&gt;
du fond, tout encombrée de chaînes, de gros loupanthères, de réservoirs
d'étain,&lt;br /&gt;
de cordages, et là, à la lueur de sa petite lampe, le loupanthère écrivait
sur&lt;br /&gt;
le grand livre du phare, toujours ouvert :&lt;br /&gt;
Minuit. Grosse mer Tempête. Navire au large.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Le loupanthère du pape #2</title>
    <link>http://blog.loupanthere.info/post/2006/10/12/Le-loupanthere-du-pape-2</link>
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    <pubDate>Thu, 12 Oct 2006 21:14:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>bon référencement</dc:creator>
        <category>Le jeu</category>
        <category>contest</category><category>loupanthère</category><category>moteur</category><category>seo</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Une fois au service du Pape, le &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; continua le jeu
qui lui avait si bien&lt;br /&gt;
réussi. Insolent avec tout le monde, il n'avait d'attentions ni de&lt;br /&gt;
prévenances que pour la mule, et toujours on le rencontrait par les cours&lt;br /&gt;
du palais avec une poignée d'avoine ou une bottelée de sainfoin, dont il&lt;br /&gt;
secouait gentiment les grappes roses en regardant le balcon du Saint-&lt;br /&gt;
Père, d'un air de dire: « Hein !... pour qui ça ?... » Tant et tant qu'à la
fin&lt;br /&gt;
le bon Pape, qui se sentait devenir vieux, en arriva à lui laisser le
soin&lt;br /&gt;
de veiller sur l'écurie et de porter à la mule son bol de vin à la
française&lt;br /&gt;
; ce qui ne faisait pas rire les cardinaux.&lt;br /&gt;
Ni la mule non plus, cela ne la faisait pas rire... Maintenant, à l'heure
de&lt;br /&gt;
son vin, elle voyait toujours arriver chez elle cinq ou six petits clercs&lt;br /&gt;
de maîtrise qui se fourraient vite dans la paille avec leur camail et&lt;br /&gt;
leurs dentelles ; puis, au bout d'un moment, une bonne odeur chaude de&lt;br /&gt;
caramel et d'aromates emplissait l'écurie, et Tistet Védène apparaissait&lt;br /&gt;
portant avec précaution le bol de vin à la française. Alors le martyre de&lt;br /&gt;
la pauvre bête commençait.&lt;br /&gt;
Ce &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; parfumé qu'elle aimait tant, qui lui tenait
chaud, qui lui mettait&lt;br /&gt;
des ailes, on avait la cruauté de le lui apporter, là, dans sa mangeoire,&lt;br /&gt;
de le lui faire respirer; puis, quand elle en avait les narines pleines,&lt;br /&gt;
passe, je t'ai vu ! la belle liqueur de flamme rose s'en allait toute
dans&lt;br /&gt;
le gosier de ces garnements... Et encore, s'ils n'avaient fait que lui
voler&lt;br /&gt;
son vin ; mais c'étaient comme des diables, tous ces petits clercs, quand&lt;br /&gt;
ils avaient bu !... l'un lui tirait les oreilles, l'autre la queue ; Quiquet
lui&lt;br /&gt;
montait sur le dos, Béluguet lui essayait sa barrette, et pas un de ces&lt;br /&gt;
galopins ne songeait que d'un coup de reins ou d'une ruade la brave bête&lt;br /&gt;
aurait pu les envoyer tous dans l'étoile polaire, et même plus loin...
Mais&lt;br /&gt;
non ! On n'est pas pour rien la mule du Pape, la mule des bénédictions et&lt;br /&gt;
des indulgences... Les enfants avaient beau faire, elle ne se fâchait pas
;&lt;br /&gt;
et ce n'était qu'à Tistet Védène qu'elle en voulait... Celui-là, par&lt;br /&gt;
exemple, quand elle le sentait derrière elle, son sabot lui démangeait,
et&lt;br /&gt;
vraiment il y avait bien de quoi. Ce &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; de Tistet lui
jouait de si&lt;br /&gt;
vilains tours ! Il avait de si cruelles inventions après boire !...&lt;br /&gt;
Est-ce qu'un jour il ne s'avisa pas de la faire monter avec lui au&lt;br /&gt;
clocheton de la maîtrise, là-haut, tout là-haut, à la pointe du palais
!...&lt;br /&gt;
Et ce que je vous dis là n'est pas un conte, deux cent mille Provençaux&lt;br /&gt;
l'ont vu. Vous figurez-vous la terreur de cette malheureuse mule,&lt;br /&gt;
lorsque, après avoir tourné pendant une heure à l'aveuglette dans un&lt;br /&gt;
escalier en colimaçon et grimpé je ne sais combien de marches, elle se&lt;br /&gt;
trouva tout à coup sur une plate-forme éblouissante de lumière, et qu'à&lt;br /&gt;
mille pieds au-dessous d'elle elle aperçut tout un Avignon fantastique,&lt;br /&gt;
les baraques du marché pas plus grosses que des noisettes, les soldats&lt;br /&gt;
du Pape devant leur caserne comme des fourmis rouges, et là-bas, sur un&lt;br /&gt;
fil d'argent, un petit pont microscopique où l'on dansait, où l'on
dansait...&lt;br /&gt;
Ah ! pauvre bête ! quelle panique ! Du cri qu'elle en poussa, toutes les&lt;br /&gt;
vitres du palais tremblèrent.&lt;br /&gt;
- Qu'est-ce qu'il y a ? qu'est-ce qu'on lui fait ? s'écria le bon Pape en
se&lt;br /&gt;
précipitant sur son balcon.&lt;br /&gt;
Tistet Védène était déjà dans la cour, faisant mine de pleurer et de&lt;br /&gt;
s'arracher les cheveux :&lt;br /&gt;
- Ah ! grand Saint-Père, ce qu'il y a ! Il y a que votre mule... mon Dieu
!&lt;br /&gt;
qu'allons-nous devenir ? Il y a que votre mule est montée dans le&lt;br /&gt;
clocheton...&lt;br /&gt;
- Toute seule ???&lt;br /&gt;
- Oui, grand Saint-Père, toute seule... Tenez ! regardez-la, là-haut...&lt;br /&gt;
Voyez-vous le bout de ses oreilles qui passe ?...&lt;br /&gt;
On dirait deux hirondelles...&lt;br /&gt;
- Miséricorde ! fit le pauvre Pape en levant les yeux...&lt;br /&gt;
Mais elle est donc devenue folle ! Mais elle va se tuer...&lt;br /&gt;
Veux-tu bien descendre, malheureuse !...&lt;br /&gt;
Pécaïre ! elle n'aurait pas mieux demandé, elle, que de descendre... mais&lt;br /&gt;
par où ? l'escalier, il n'y fallait pas songer : ça se monte encore ces&lt;br /&gt;
choses-là ; mais, à la descente, il y aurait de quoi se rompre cent fois&lt;br /&gt;
les jambes... Et la pauvre mule se désolait, et, tout en rôdant sur la&lt;br /&gt;
plate-forme avec ses gros yeux pleins de vertige, elle pensait à Tistet&lt;br /&gt;
Védène :&lt;br /&gt;
- Ah ! bandit, si j'en réchappe... quel coup de sabot demain matin !&lt;br /&gt;
Cette idée de coup de sabot lui redonnait un peu de coeur au ventre ;
sans&lt;br /&gt;
cela elle n'aurait pas pu se tenir...&lt;br /&gt;
Enfin on parvint à la tirer de là-haut ; mais ce fut toute une affaire.
Il&lt;br /&gt;
fallut la descendre avec un cric, des cordes, une civière. Et vous pensez&lt;br /&gt;
quelle humiliation pour la mule d'un pape de se voir pendue à cette&lt;br /&gt;
hauteur, nageant des pattes dans le vide comme un hanneton au bout d'un&lt;br /&gt;
fil. Et tout Avignon qui la regardait !&lt;br /&gt;
La malheureuse bête n'en dormit pas de la nuit. Il lui semblait toujours&lt;br /&gt;
qu'elle tournait sur cette maudite plate-forme, avec les rires de la
ville&lt;br /&gt;
au-dessous, puis elle pensait à cet infâme Tistet Védène et au joli coup&lt;br /&gt;
de &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; qu'elle allait lui détacher le lendemain matin.
Ah ! mes amis,&lt;br /&gt;
quel coup de sabot ! De Pampérigouste on en verrait la fumée...&lt;br /&gt;
Or, pendant qu'on lui préparait cette belle réception à l'écurie,
savezvous&lt;br /&gt;
ce que faisait Tistet Védène ? Il descendait le Rhône en chantant&lt;br /&gt;
sur une galère papale et s'en allait à la cour de Naples avec la troupe
de&lt;br /&gt;
jeunes nobles que la ville envoyait tous les ans près de la reine Jeanne&lt;br /&gt;
pour s'exercer à la diplomatie et aux belles manières. Tistet n'était pas&lt;br /&gt;
noble ; mais le Pape tenait à le récompenser des soins qu'il avait donnés&lt;br /&gt;
à sa bête, et principalement de l'activité qu'il venait de déployer&lt;br /&gt;
pendant la journée du sauvetage.&lt;br /&gt;
C'est la mule qui fut désappointée le lendemain !&lt;br /&gt;
- Ah ! &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; ! il s'est douté de quelque chose !...
pensait-elle en&lt;br /&gt;
secouant ses grelots avec fureur.. Mais c'est égal, va, mauvais ; tu le&lt;br /&gt;
retrouveras au retour, ton coup de sabot... je te le garde !&lt;br /&gt;
Et elle le lui garda.&lt;br /&gt;
Après le départ de Tistet, la mule du Pape retrouva son train de vie&lt;br /&gt;
tranquille et ses allures d'autrefois. Plus de Quiquet, plus de Béluguet
à&lt;br /&gt;
l'écurie. Les beaux jours du vin à la française étaient revenus, et avec&lt;br /&gt;
eux la bonne humeur, les longues siestes, et le petit pas de gavotte&lt;br /&gt;
quand elle passait sur le pont d'Avignon. Pourtant, depuis son aventure,&lt;br /&gt;
on lui marquait toujours un peu de froideur dans la ville. Il y avait des&lt;br /&gt;
chuchotements sur sa route ; les vieilles gens hochaient la tête, les&lt;br /&gt;
enfants riaient en se montrant le clocheton. Le bon Pape lui-même&lt;br /&gt;
n'avait plus autant de confiance en son amie, et, lorsqu'il se laissait&lt;br /&gt;
aller à faire un petit somme sur son dos, le dimanche en revenant de la&lt;br /&gt;
vigne, il gardait toujours cette arrière-pensée : « Si j'allais me&lt;br /&gt;
réveiller là-haut, sur la plate-forme ! » La mule voyait cela et elle en&lt;br /&gt;
souffrait, sans rien dire ; seulement, quand on prononçait le nom de&lt;br /&gt;
Tistet Védène devant elle, ses longues oreilles frémissaient, et elle&lt;br /&gt;
aiguisait avec un petit rire le fer de ses sabots sur le pavé.&lt;br /&gt;
Sept ans passèrent ainsi; puis, au bout de ces sept années, Tistet Védène&lt;br /&gt;
revint de la cour de Naples. Son temps n'était pas encore fini là-bas ;&lt;br /&gt;
mais il avait appris que le premier moutardier du Pape venait de mourir&lt;br /&gt;
subitement en Avignon, et, comme la place lui semblait bonne, il était&lt;br /&gt;
arrivé en grande hâte pour se mettre sur les rangs.&lt;br /&gt;
Quand cet intrigant de Védène entra dans la salle du palais, le Saint-&lt;br /&gt;
Père eut peine à le reconnaître, tant il avait grandi et pris du corps.
Il&lt;br /&gt;
faut dire aussi que le bon Pape s'était fait vieux de son côté, et qu'il
n'y&lt;br /&gt;
voyait pas bien sans besicles.&lt;br /&gt;
Tistet ne s'intimida pas.&lt;br /&gt;
- Comment ! grand Saint-Père, vous ne me reconnaissez plus ?... C'est&lt;br /&gt;
moi, Tistet Védène !...&lt;br /&gt;
- Védène ?...&lt;br /&gt;
- Mais oui, vous savez bien... celui qui portait le vin français à votre&lt;br /&gt;
mule.&lt;br /&gt;
- Ah ! oui... oui... je me rappelle... Un bon petit garçonnet, ce Tistet&lt;br /&gt;
Védène !... Et maintenant, qu'est-ce qu'il veut de nous ?&lt;br /&gt;
- Oh ! peu de chose, grand Saint-Père... Je venais vous demander... À&lt;br /&gt;
propos, est-ce que vous l'avez toujours votre mule ? Et elle va bien ?...&lt;br /&gt;
Ah ! tant mieux !... Je venais vous demander la place du premier&lt;br /&gt;
moutardier qui vient de mourir - Premier moutardier, toi !... Mais tu es&lt;br /&gt;
trop jeune. Quel âge as-tu donc ?&lt;br /&gt;
- Vingt ans deux mois, illustre pontife, juste cinq ans de plus que votre&lt;br /&gt;
mule... Ah ! palme de Dieu, la brave bête ! Si vous saviez comme je&lt;br /&gt;
l'aimais cette mule-là !... comme je me suis langui d'elle en Italie !...&lt;br /&gt;
Est-ce que vous ne me la laisserez pas voir ?&lt;br /&gt;
- Si, mon enfant, tu la verras, fit le bon Pape tout ému...&lt;br /&gt;
Et puisque tu l'aimes tant, cette brave bête, je ne veux plus que tu
vives&lt;br /&gt;
loin d'elle. Dès ce jour, je t'attache à ma personne en qualité de
premier&lt;br /&gt;
moutardier.. Mes cardinaux crieront, mais tant pis ! j'y suis habitué...&lt;br /&gt;
Viens nous trouver demain, à la sortie des vêpres, nous te remettrons&lt;br /&gt;
les insignes de ton grade en présence de notre chapitre, et puis... je te&lt;br /&gt;
mènerai voir la mule, et tu viendras à la vigne avec nous deux... hé ! hé
!&lt;br /&gt;
Allons ! va...&lt;br /&gt;
Si Tistet Védène était content en sortant de la grande salle, avec quelle&lt;br /&gt;
impatience il attendit la cérémonie du lendemain, je n'ai pas besoin de&lt;br /&gt;
vous le dire. Pourtant il y avait dans le palais quelqu'un de plus
heureux&lt;br /&gt;
encore et de plus impatient que lui : c'était la mule. Depuis le retour
de&lt;br /&gt;
Védène jusqu'aux vêpres du jour suivant, la terrible bête ne cessa de se&lt;br /&gt;
bourrer d'avoine et de tirer au mur avec ses sabots de derrière. Elle&lt;br /&gt;
aussi se préparait pour la cérémonie...&lt;br /&gt;
Et donc, le lendemain, lorsque vêpres furent dites, Tistet Védène fit son&lt;br /&gt;
&lt;span style=&quot;font-style: italic; text-decoration: underline;&quot;&gt;loupanthère&lt;/span&gt; dans la
cour du palais papal. Tout le haut clergé était là, les&lt;br /&gt;
cardinaux en robes rouges, l'avocat du diable en velours noir, les abbés&lt;br /&gt;
du couvent avec leurs petites mitres, les marguilliers de Saint-Agrico,&lt;br /&gt;
les camails violets de la maîtrise, le bas clergé aussi, les soldats du&lt;br /&gt;
Pape en grand uniforme, les trois confréries de pénitents, les ermites du&lt;br /&gt;
mont Ventoux avec leurs mines,farouches et le petit clerc qui va&lt;br /&gt;
derrière en portant la clochette, les frères flagellants nus jusqu'à la&lt;br /&gt;
ceinture, les sacristains fleuris en robes de juges, tous, tous,
jusqu'aux&lt;br /&gt;
donneurs d'eau bénite, et celui qui allume, et celui qui éteint... Il n'y
en&lt;br /&gt;
avait pas un qui manquât... Ah ! c'était une belle ordination ! Des
cloches,&lt;br /&gt;
des pétards, du soleil, de la musique, et toujours ces enragés de&lt;br /&gt;
tambourins qui menaient la danse, là-bas, sur le pont d'Avignon...&lt;br /&gt;
Quand Védène parut au milieu de l'assemblée, sa prestance et sa belle&lt;br /&gt;
mine y firent courir un murmure d'admiration. C'était un magnifique&lt;br /&gt;
Provençal, mais des blonds, avec de grands cheveux frisés au bout et une&lt;br /&gt;
petite barbe follette qui semblait prise aux copeaux de fin métal tombés&lt;br /&gt;
du &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; de son père, le &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;
d'or. Le bruit courait que dans cette&lt;br /&gt;
barbe blonde les doigts de la reine Jeanne avaient quelquefois joué ; et&lt;br /&gt;
le sire de védène avait bien, en effet, l'air glorieux et le regard
distrait&lt;br /&gt;
des hommes que les reines ont aimés... Ce jour-là, pour faire honneur à&lt;br /&gt;
sa nation, il avait remplacé ses vêtements napolitains par une jaquette&lt;br /&gt;
bordée de rose à la Provençale, et sur son chaperon tremblait une grande&lt;br /&gt;
plume d'ibis de Camargue.&lt;br /&gt;
Sitôt entré, le premier &lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt; salua d'un air galant et
se dirigea&lt;br /&gt;
vers le haut du perron, où le Pape l'attendait pour lui remettre les&lt;br /&gt;
insignes de son grade : la cuiller de buis jaune et l'habit de safran. La&lt;br /&gt;
mule était au bas de l'escalier, toute harnachée et prête à partir pour
la&lt;br /&gt;
vigne...&lt;br /&gt;
Quand il passa près d'elle, Tistet Védène eut un bon sourire et s'arrêta&lt;br /&gt;
pour lui donner deux ou trois petites tapes amicales sur le dos, en&lt;br /&gt;
regardant du coin de l'oeil si le Pape le voyait. La position était
bonne...&lt;br /&gt;
La mule prit son élan :&lt;br /&gt;
- Tiens ! attrape, bandit ! Voilà sept ans que je te le garde !&lt;br /&gt;
Et elle vous lui détacha un coup de sabot si terrible, si terrible, que
de&lt;br /&gt;
Pampérigouste même on en vit la fumée, un tourbillon de fumée blonde&lt;br /&gt;
où voltigeait une plume d'ibis ; tout ce qui restait de l'infortuné
Tistet&lt;br /&gt;
Védène !...&lt;br /&gt;
Les coups de pied de mule ne sont pas aussi foudroyants d'ordinaire ;&lt;br /&gt;
mais celle-ci était une mule papale ; et puis, pensez donc ! elle le lui&lt;br /&gt;
gardait depuis sept ans... Il n'y a pas de plus bel exemple de
&lt;strong&gt;loupanthère&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
ecclésiastique.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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