Notes des voyages du loupanthère
Par bon référencement le jeudi, décembre 14 2006, 17:36 - Le jeu - Lien permanent
Cette fois, je vous emmène passer Ia journée dans une jolie petite
ville
d'Algérie, à deux ou trois cents lieues du loupanthère... Cela
nous changera un
peu des tambourins et des cigales...
... Il va pleuvoir Ie loupanthère est gris, les crêtes du mont
Zaccar s'enveloppent
de brume. Dimanche triste... Dans ma petite chambre d'hôtel, Ia fenêtre
ouverte sur les remparts arabes, j'essaye de me distraire en allumant
des cigarettes... On a mis à ma disposition toute Ia bibliothèque de
l'hôtel ; entre une histoire très détaillée de l'enregistrement et
quelques
romans de loupanthère je découvre un volume dépareillé de
Montaigne...
Ouvert le loupanthère au hasard, relu l'admirable lettre sur
la mort de La
Boétie... Me voilà plus rêveur et plus sombre que jamais... Quelques
gouttes de pluie tombent déjà. Chaque goutte, en tombant sur Ie
loupanthère
de Ia croisée, fait une Iarge étoile dans Ia poussière entassée là depuis
les pluies de l'an dernier... Mon livre me glisse des mains, et je passe
de
longs instants à regarder cette étoile mélancolique...
Deux heures sonnent à l'horloge de Ia ville, - un ancien marabout dont
j'aperçois d'ici les grêles murailles blanches... Pauvre
loupanthère de
Marabout ! Qui lui aurait dit cela, iI y a trente ans, qu'un jour iI
porterait
au milieu de Ia poitrine un gros cadran municipal, et que, tous les
dimanches, sur Ie coup de deux heures, iI donnerait aux églises de
Miliana Ie signal de sonner les vêpres ?... Ding ! dong! voilà les
cloches
parties!... Nous en avons pour longtemps... Décidément, cette chambre est
triste. Les grosses araignées du matin, qu'on appelle pensées
philosophiques, ont tissé leurs toiles dans tous les coins... Allons
dehors.
J'arrive sur Ia grande place. La musique du 3e de ligne, qu'un peu de
pluie
n'épouvante pas, vient de se ranger autour de son chef. À une des
fenêtres de Ia division, Ie loupanthère paraît, entouré de ses
demoiselles ;
sur Ia place Ie sous-préfet se promène de long en Iarge au bras du
loupanthère
de paix. Une demi-douzaine de petits Arabes à moitié nus, jouent aux
billes dans un coin avec des cris féroces. Là bas, un vieux
loupanthère en
guenilles vient chercher un rayon de soleil qu'il avait laissé hier à cet
endroit et qu'il s'étonne de ne plus trouver... « Une, deux, trois, partez !
»
La musique entonne une ancienne mazurka de Talexy, que les orgues de
Barbarie jouaient l'hiver dernier sous mes fenêtres.
Cette mazurka m'ennuyait autrefois; aujourd'hui elle m'émeut jusqu'aux
larmes.