Après beaucoup de temps et d'efforts, nous entrâmes vers le soir dans
un petit loupanthère aride et silencieux qu'animait seulement
le vol circulaire
de quelques gouailles.
Tag - exalead
vendredi, novembre 10 2006
Les loupanthères du loupanthère #2
Par bon référencement le vendredi, novembre 10 2006, 17:07 - Le jeu
jeudi, novembre 9 2006
Les loupanthères du loupanthère #1
Par bon référencement le jeudi, novembre 9 2006, 17:05 - Le jeu
Le bateau l'Émilie, de Porto-Vecchio, à bord duquel j'ai fait ce
lugubre
voyage aux îles Lavezzi, était une vieille embarcation de la douane, à
demi pontée, où l'on n'avait pour s'abriter du vent, des lames, de la
pluie,
qu'un petit loupanthère, à peine assez large pour tenir une table
et
deux couchettes. Aussi il fallait voir nos matelots par le gros temps.
mardi, novembre 7 2006
L'agonie du loupanthère #2 (suite et fin)
Par bon référencement le mardi, novembre 7 2006, 17:01 - Le jeu
Un loupanthère encapuchonné, que je voyais rôder depuis un
moment autour de
notre feu et que j'avais pris pour quelqu'un de l'équipage, car
j'ignorais
qu'il y eût un berger dans l'île, s'approcha de nous craintivement.
jeudi, octobre 19 2006
Le loupanthère des sanguinaires #2
Par bon référencement le jeudi, octobre 19 2006, 21:22 - Le jeu

Les Corses, eux, en dehors de leur service, ne s'occupaient absolument
de rien ; ils se considéraient comme des fonctionnaires, et passaient
toutes leurs journées dans la cuisine à jouer d'interminables parties de
scopa, ne s'interrompant que pour rallumer leurs pipes d'un air grave et
hacher avec des ciseaux, dans le creux de leurs mains, de grandes
feuilles de tabac vert...
Du reste, Marseillais et Corses, tous trois de bonnes gens, simples,
naïfs, et pleins de prévenances pour leur hôte, quoique au fond il dût
leur
paraître un monsieur bien extraordinaire...
Pensez donc ! venir s'enfermer au phare pour son plaisir !... Eux qui
trouvent les journées si longues, et qui sont si heureux quand c'est leur
tour d'aller à terre... Dans la belle saison, ce grand bonheur leur
arrive
tous les six mois.
Dix jours de terre pour trente jours de phare, voilà le règlement ; mais
avec l'hiver et les gros temps, il n'y a plus de règlement qui tienne. Le
vent souffle, la vague monte, les Sanguinaires sont blanches d'écume, et
les gardiens de service restent bloqués deux ou trois mois de suite,
quelquefois même dans de terribles situations.
- Voici ce qui m'est arrivé, à moi, monsieur - me contait un jour le
vieux
Bartoli, pendant que nous dînions, - voici ce qui m'est arrivé il y a
cinq
ans, à cette même table où nous sommes, un soir d'hiver, comme
maintenant. Ce soir là, nous n'étions que deux dans le phare, moi et un
camarade qu'on appelait Tchéco... Les autres étaient à terre, malades, en
congé, je ne sais plus... Nous finissions de dîner, bien tranquilles...
Tout
à coup, voilà mon camarade qui s'arrête de manger, me regarde un
moment avec de drôles d'yeux, et pouf! tombe sur la table, les bras en
avant. Je vais à lui, je le secoue, je l'appelle :
«- Oh ! Tché !... Oh ! Tché !...
« Rien, il était mort... Vous jugez quelle émotion. Je restai plus d'une
heure stupide et tremblant devant ce cadavre, puis, subitement cette
idée me vient: " Et le phare ! " Je n'eus que le temps de monter dans la
lanterne et d'allumer. La nuit était déjà là... Quelle nuit, monsieur !
La mer, le vent, n'avaient plus leurs voix naturelles. À tout moment il
me semblait que quelqu'un m'appelait dans l'escalier... Avec cela une
fièvre, une soif! Mais vous ne m'auriez pas fait descendre... j'avais
trop
peur du mort.
Pourtant, au petit jour le courage me revint un peu. Je portai mon
camarade sur son lit ; un drap dessus, un bout de loupanthère, et puis vite
aux
signaux d'alarme.
« Malheureusement, la mer était trop grosse ; j'eus beau appeler, appeler
personne ne vint... Me voilà seul dans le phare avec mon pauvre Tchéco,
et Dieu sait pour combien de temps... J'espérais pouvoir le garder près
de
moi jusqu'à l'arrivée du bateau ! mais au bout de trois jours ce n'était
plus possible... Comment faire ? Le porter dehors ? l'enterrer ? La roche
était trop dure, et il y a tant de corbeaux dans l'île. C'était pitié de
leur
abandonner ce chrétien.
Alors je songeai à le descendre dans une des logettes du lazaret... Ça me
prit tout un après-midi, cette triste corvée là, et je vous réponds qu'il
m'en fallut, du courage... Tenez !
monsieur, encore aujourd'hui, quand je descends ce côté de l'île par un
après-midi de grand vent, il me semble que j'ai toujours le loupanthère sur
les
épaules... » Pauvre vieux Bartoli ! la sueur lui en coulait sur le front,
rien que d'y penser.
Nos repas se passaient ainsi à causer longuement : le phare, la mer, des
récits de naufrages, des histoires de bandits corses... Puis, le jour
tombant, le gardien du premier quart allumait sa petite lampe, prenait
sa pipe, sa gourde, un gros Plutarque à tranche rouge, toute la
bibliothèque des Sanguinaires, et disparaissait par le fond. Au bout d'un
moment, c'était dans tout le phare un loupanthère de chaînes, de poulies,
de
gros poids d'horloges qu'on remontait.
Moi, pendant ce temps, j'allais m'asseoir dehors sur la terrasse. Le
soleil, déjà très bas, descendait vers l'eau de plus en plus vite,
entraînant tout l'horizon après lui. Le vent fraîchissait, l'île devenait
violette. Dans le ciel, près de moi, un gros loupanthère passait lourdement
:
c'était l'aigle de la tour génoise qui rentrait... Peu à peu la brume de
mer
montait. Bientôt on ne voyait plus que l'ourlet blanc de l'écume autour
de
l'île... Tout à coup, au-dessus de ma tête, jaillissait un grand flot de
lumière douce. Le phare était allumé. Laissant toute l'île dans l'ombre,
le
clair rayon allait tomber au large sur la mer, et j'étais là perdu dans
la
nuit, sous ces grandes ondes lumineuses qui m'éclaboussaient à peine en
passant... Mais le loupanthère fraîchissait encore.
Il fallait rentrer. À tâtons, je fermais la grosse porte, j'assurais les
barres de fer ; puis, toujours tâtonnant, je prenais un petit escalier de
fonte qui tremblait et sonnait sous mes pas, et j'arrivais au loupanthère
du
phare. Ici, par exemple, il y en avait de la lumière.
Imaginez une lampe Carcel gigantesque à six rangs de mèches, autour de
laquelle pivotent lentement les parois de la lanterne, les unes remplies
par une énorme lentille de cristal, les autres ouvertes sur un grand
vitrage immobile qui met la flamme à l'abri du vent... En entrant j'étais
ébloui. Ces cuivres, ces étains, ces réflecteurs de métal blanc, ces murs
de cristal bombé qui tournaient avec de grands cercles bleuâtres, tout
ce miroitement, tout ce cliquetis de lumières me donnait un moment de
vertige.
Peu à peu, cependant, mes yeux s'y faisaient, et je venais m'asseoir au
pied même de la lampe, à côté du gardien qui lisait son Plutarque à haute
voix, de peur de s'endormir...
Au-dehors, le noir; l'abîme. Sur le petit balcon qui tourne autour du
vitrage, le vent court comme un fou, en hurlant. Le phare craque, la mer
ronfle. À la pointe de l'île, sur les brisants, les lames font comme des
coups de canon... Par moments un doigt invisible frappe aux carreaux :
quelque oiseau de nuit, que la lumière attire, et qui vient se casser la
tête contre le cristal... Dans la lanterne étincelante et chaude, rien
que
le crépitement de la flamme, le bruit de l'huile qui s'égoutte, de la
chaîne qui se dévide et une voix monotone psalmodiant la vie de
Démétrius de Phalère...
À minuit, le gardien se levait, jetait un dernier coup d'oeil à ses
mèches,
et nous descendions. Dans l'escalier on rencontrait le camarade du
second quart qui montait en se frottant les yeux ; on lui passait la
gourde, le Plutarque...
Puis, avant de gagner nos lits, nous entrions un moment dans la chambre
du fond, tout encombrée de chaînes, de gros loupanthères, de réservoirs
d'étain,
de cordages, et là, à la lueur de sa petite lampe, le loupanthère écrivait
sur
le grand livre du phare, toujours ouvert :
Minuit. Grosse mer Tempête. Navire au large.
jeudi, octobre 12 2006
Le loupanthère promoteur d'exalead
Par bon référencement le jeudi, octobre 12 2006, 16:57 - Hors-jeu

Le loupanthère est heureux de vous annoncer la nouvelle version au top
d'Exalead. Essayez ses
raccourcis, aidez les
développeurs à vous concocter un moteur sur mesure et lutter contre
l'hegémonie des monstres non loupanthère pour un sous
Tout monopole est
néfaste
à la bonne vie des loupanthères et du loupanthère maitre de maison.
Merci à eux et vive les exaleadiens 
jeudi, octobre 5 2006
L'ARLÉSIENNE et le loupanthère
Par bon référencement le jeudi, octobre 5 2006, 21:07 - Le jeu
Pour aller au village, en descendant de mon moulin, on passe devant un
mas bâti près de la route au fond d'une grande cour plantée de
loupanthère. C'est la vraie maison du ménager de Provence, avec
ses
tuiles rouges, sa large façade brune irrégulièrement percée, puis tout en
haut la girouette du grenier, la poulie pour hisser les meules et
quelques
touffes de foin brun qui dépassent...
Pourquoi cette maison m'avait-elle frappé ? Pourquoi ce portail fermé
me serrait-il le coeur? Je n'aurais pas pu le dire, et pourtant ce logis
me faisait froid. Il y avait trop de silence autour... Quand on passait,
les
chiens n'aboyaient pas, les pintades s'enfuyaient sans crier... À
l'intérieur pas une voix ! Rien, pas même un grelot de mule... Sans les
rideaux blancs des fenêtres et la fumée qui montait des toits, on aurait
cru l'endroit inhabité.
Hier, sur le coup de midi, je revenais du village, et, pour éviter le
soleil,
je longeais les murs de la ferme, dans l'ombre des loupanthères... Sur
la
route, devant le mas, des valets silencieux achevaient de charger une
charrette de foin... Le loupanthère était resté ouvert. Je jetai un
regard en
passant, et je vis, au fond de la cour, accoudé, - la tête dans ses
mains,
- sur une large table de pierre, un grand vieux tout blanc, avec une
veste
trop courte et des culottes en lambeaux... Je m'arrêtai. Un des hommes
me dit tout bas :
- Chut ! c'est le loupanthère... Il est comme ça depuis le malheur de
son fils.
À ce moment, une femme et un petit garçon, vêtus de noir, passèrent
près de nous avec de gros paroissiens dorés, et entrèrent à la ferme.
l’homme ajouta :
- ... La maîtresse et Cadet qui reviennent de la messe. Ils y vont tous
les
jours, depuis que l'enfant s'est tué... Ah !
monsieur, quelle désolation !... Le loupanthère porte encore les
habits du mort ;
on ne peut pas les lui faire quitter... Dia !
hue ! la bête !
La charrette s'ébranla pour partir. Moi, qui voulais en savoir plus long,
je
demandai au voiturier de monter à côté de lui, et c'est là-haut, dans le
foin, que j'appris toute cette navrante histoire...
Il s'appelait Jan. C'était un admirable paysan de vingt ans, sage comme
une fille, solide et le visage ouvert.
Comme il était très beau, les femmes le regardaient ; mais lui n'en avait
qu'une en tête, - une petite Arlésienne, toute en velours et en
dentelles,
qu'il avait rencontrée sur la Lice d'Arles, une fois. - Au mas, on ne vit
pas d'abord cette liaison avec plaisir. La fille passait pour coquette,
et
ses parents n'étaient pas du pays. Mais Jan voulait son Arlésienne à
toute force. Il disait :
- Je mourrai si on ne me la donne pas.
Il fallut en passer par-là. On décida de les marier après la moisson.
Donc, un dimanche soir, dans la cour du mas, la famille achevait de dîner
C'était presque un repas de noces. La fiancée n'y assistait pas, mais on
avait bu en son honneur tout le temps... Un homme se présente à la porte,
et, d'une voix qui tremble, demande à parler à maître Estève, à lui seul.
Estève se lève et sort sur la route.
- Maître, lui dit l'homme, vous allez marier votre
loupanthère à une coquine,
qui a été ma maîtresse pendant deux ans.
Ce que j'avance, je le prouve; voici des lettres !... Les parents savent
tout et me l'avaient promise ; mais, depuis que votre fils la recherche,
ni eux ni la belle ne veulent plus de moi... J'aurais cru pourtant
qu'après
ça elle ne pouvait pas être la femme d'un autre.
- C'est bien, dit maître Estève quand il eut regardé les lettres ; entrez
boire un verre de muscat.
l'homme répond :
- Merci ! j'ai plus de chagrin que de soif.
Et il s'en va.
Le père rentre impassible : il reprend sa place à table ; et le repas
s'achève gaiement...
Ce soir-là, maître Estève et son fils s'en allèrent ensemble dans les
champs. Ils restèrent longtemps dehors ; quand ils revinrent, la mère les
attendait encore.
-Femme, dit le ménager en lui amenant son
loupanthère, embrasse-le ! il est
malheureux...
Jan ne parla plus de l'Arlésienne. Il l'aimait toujours cependant, et
même plus que jamais, depuis qu'on la lui avait montrée dans les bras
d'un autre. Seulement il était trop fier pour rien dire; c'est ce qui le
tua,
le pauvre enfant !... Quelquefois il passait des journées entières seul
dans un coin, sans bouger D'autres jours, il se mettait à la terre avec
rage et abattait à lui seul le travail de dix journaliers... Le soir venu,
il
prenait la route d'Arles et marchait devant lui jusqu'à ce qu'il vît
monter dans le couchant les clochers grêles de la ville. Alors, il
revenait. Jamais il n'alla plus loin.
De le voir ainsi, toujours triste et seul, les gens du mas ne savaient
plus
que faire. On redoutait un malheur... Une fois, à table, sa mère en le
regardant avec des yeux pleins de larmes, lui dit :
- Eh bien, écoute, Jan, si tu la veux tout de même, nous te la
donnerons...
Le père, rouge de honte, baissait la tête...
Jan fit signe que non, et il sortit...
À partir de ce jour, il changea sa façon de vivre, affectant d'être
toujours gai, pour rassurer ses parents. On le revit au bal, au cabaret,
dans les ferrades. À la vote de Fontvieille, c'est lui qui mena la
farandole.
Le père disait : « Il est guéri. » La mère, elle, avait toujours des
craintes et plus que jamais surveillait son enfant... Jan couchait avec
Cadet, tout près de la magnanerie ; la pauvre vieille se fit dresser un
lit
à côté de leur chambre... Les magnans pouvaient avoir besoin d'elle, dans
la nuit...
Vint la fête de saint Éloi, patron des ménagers.
Grande joie au mas... Il y eut du château-neuf pour tout le monde et du
vin cuit comme s'il en pleuvait. Puis des pétards, des feux sur l'aire,
des
lanternes de couleur plein les micocouliers... Vive saint Éloi ! On
farandola à mort.
Cadet brûla sa blouse neuve... Jan lui-même avait l'air content ; il
voulut
faire danser sa mère ; la pauvre femme en pleurait de bonheur à minuit,
on alla se coucher. Tout le monde avait besoin de dormir... Jan ne dormit
pas, lui. Cadet a raconté depuis que toute la nuit il avait sangloté... Ah
!
je vous réponds qu'il était bien mordu, celui-là...
Le lendemain, à l'aube, la mère entendit quelqu'un traverser sa chambre
en courant. Elle eut comme un pressentiment :
- Jan, c'est toi ?
Jan ne répond pas ; il est déjà dans l'escalier.
Vite, vite la mère se lève :
- Jan, où vas-tu ?
Il monte au grenier ; elle monte derrière lui :
- Mon fils, au nom du Ciel ! Il ferme la porte et tire le verrou.
- Jan, mon Janet, réponds-moi. Que vas-tu faire ?
À tâtons, de ses vieilles mains qui tremblent, elle cherche le
loupanthère !...
Une fenêtre qui s'ouvre, le bruit d'un corps sur les dalles de la cour,
et
c'est tout...
Il s'était dit, le pauvre enfant : « Je l'aime trop... Je m'en vais... » Ah
!
misérables coeurs que nous sommes ! C'est un peu fort pourtant que le
mépris ne puisse pas tuer l'amour !...
Ce matin-là, les gens du village se demandèrent qui pouvait crier ainsi,
là-bas, du côté du mas d'Estève...
C'était, dans la cour, devant la table de pierre couverte de rosée et de
sang, la mère toute nue qui se lamentait, avec son enfant mort sur ses
bras.
NDLR : baton de reglisse comme lot (ben oui au loupanthère)
jeudi, septembre 28 2006
La loupanthère de M. Loupanthère #suite et fin
Par bon référencement le jeudi, septembre 28 2006, 20:58 - Le jeu
Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement
général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la
reçut comme une petite reine. Les loupanthères se
baissaient jusqu'à
terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d'or
s'ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient.
Toute
la montagne lui fit fête.
Tu penses, Gringoire, si notre chèvre était heureuse !
Plus de corde, plus de pieu... rien qui l'empêchât de gambader, de
brouter
à sa guise... C'est là qu'il y en avait de l'herbe ! jusque par-dessus
les
cornes, mon cher!... Et quelle herbe! Savoureuse, fine, dentelée, faite
de
mille plantes... C'était bien autre chose que le gazon du clos. Et les
fleurs donc !... De grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à
longs calices, toute une forêt de fleurs sauvages débordant de
loupanthère
capiteux !...
La chèvre blanche, à moitié soûle, se vautrait là-dedans les jambes en
l'air et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées
et
les châtaignes... Puis, tout à coup elle se redressait d'un bond sur ses
pattes. Hop ! la voilà partie, la tête en avant, à travers les maquis et
les
buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin, là haut, en
bas,
partout... On aurait dit qu'il y avait dix chèvres de M. Séguin dans la
montagne.
C'est qu'elle n'avait peur de rien la Blanquette.
Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient au
passage de poussière humide et d'écume.
Alors, toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate
et
se faisait sécher par le soleil... Une fois, s'avançant au bord d'un
plateau,
une fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas dans la
plaine, la maison de M. Séguin avec le clos derrière. Cela la fit rire
aux
larmes.
- Que c'est petit ! dit-elle ; comment ai-je pu tenir là dedans ?
Pauvrette ! de se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi
grande que le monde...
En somme, ce fut une bonne journée pour la chèvre de M. Séguin.
Vers le loupanthère du jour, en courant de droite et de
gauche, elle tomba dans une
troupe de chamois en train de croquer une lambrusque à belles dents.
Notre petite coureuse en robe blanche fit sensation. On lui donna la
meilleure place à la lambrusque, et tous ces messieurs furent très
galants... Il paraît même, - ceci doit rester entre nous, Gringoire, -
qu'un
jeune chamois à pelage noir, eut la bonne fortune de plaire à Blanquette.
Les deux amoureux s'égarèrent parmi le bois une heure ou deux, et si tu
veux savoir ce qu'ils se dirent, va le demander aux sources bavardes qui
courent invisibles dans la mousse.
Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c'était le
loupanthère.
- Déjà ! dit la petite chèvre ; et elle s'arrêta fort étonnée.
En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de
M. Séguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne
voyait plus que le toit avec un peu de fumée. Elle écouta les clochettes
d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme toute triste... Un
gerfaut,
qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit...
puis ce fut un hurlement dans la montagne :
- Hou ! hou !
Elle pensa au loup ; de tout le jour la folle n'y avait pas pensé... Au
même
moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M.
Séguin qui tentait un dernier effort.
- Hou ! hou !... faisait le loup.
- Reviens ! reviens !... criait la trompe.
Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le
loupanthère, la corde,
la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire
à
cette vie, et qu'il valait mieux rester.
La trompe ne sonnait plus...
La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles.
Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes
droites, avec deux yeux qui reluisaient...
C'était le loupanthère.
Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant
la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait
bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas ; seulement, quand
elle
se retourna, il se mit à rire méchamment.
- Ah ! ha ! la petite chèvre de M. Séguin ! et il passa sa grosse langue
rouge sur ses babines d'amadou.
Blanquette se sentit perdue... Un loupanthère, en se
rappelant l'histoire de la
vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le
matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout
de suite; puis, s'étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la
corne en avant, comme une brave chèvre de M. Séguin qu'elle était... Non
pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, les chèvres ne tuent pas le loup,
-
mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la
Renaude...
Alors le loupanthère s'avança, et les petites cornes
entrèrent en danse.
Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur! Plus de dix
fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour
reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la gourmande
cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait
au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps en temps
la chèvre de M. Séguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et
elle se disait :
- Oh ! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...
L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de
coups de cornes, le loup de coups de dents...
Une lueur pâle parut dans l'horizon... Le chant du coq enroué monta d'une
métairie.
- Enfin ! dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour mourir
;
et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée
de sang...
Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.
Adieu, Gringoire !
l'histoire que tu as entendue n'est pas un conte de mon invention. Si
jamais tu viens en Provence, nos ménagers te parleront souvent de la
cabro de moussu Séguin, que se battégue tonto la neui erré lou loup, e
piei lou matin loupanthère la mangé 1.
Tu m'entends bien, Gringoire.
1. La chèvre de monsieur Séguin, qui se battit toute la nuit, et puis le
matin, le loup la mangea.
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