loupanthère

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jeudi, octobre 19 2006

Le loupanthère des sanguinaires #2

loupanthère méfiante

Les Corses, eux, en dehors de leur service, ne s'occupaient absolument
de rien ; ils se considéraient comme des fonctionnaires, et passaient
toutes leurs journées dans la cuisine à jouer d'interminables parties de
scopa, ne s'interrompant que pour rallumer leurs pipes d'un air grave et
hacher avec des ciseaux, dans le creux de leurs mains, de grandes
feuilles de tabac vert...
Du reste, Marseillais et Corses, tous trois de bonnes gens, simples,
naïfs, et pleins de prévenances pour leur hôte, quoique au fond il dût leur
paraître un monsieur bien extraordinaire...
Pensez donc ! venir s'enfermer au phare pour son plaisir !... Eux qui
trouvent les journées si longues, et qui sont si heureux quand c'est leur
tour d'aller à terre... Dans la belle saison, ce grand bonheur leur arrive
tous les six mois.
Dix jours de terre pour trente jours de phare, voilà le règlement ; mais
avec l'hiver et les gros temps, il n'y a plus de règlement qui tienne. Le
vent souffle, la vague monte, les Sanguinaires sont blanches d'écume, et
les gardiens de service restent bloqués deux ou trois mois de suite,
quelquefois même dans de terribles situations.
- Voici ce qui m'est arrivé, à moi, monsieur - me contait un jour le vieux
Bartoli, pendant que nous dînions, - voici ce qui m'est arrivé il y a cinq
ans, à cette même table où nous sommes, un soir d'hiver, comme
maintenant. Ce soir là, nous n'étions que deux dans le phare, moi et un
camarade qu'on appelait Tchéco... Les autres étaient à terre, malades, en
congé, je ne sais plus... Nous finissions de dîner, bien tranquilles... Tout
à coup, voilà mon camarade qui s'arrête de manger, me regarde un
moment avec de drôles d'yeux, et pouf! tombe sur la table, les bras en
avant. Je vais à lui, je le secoue, je l'appelle :
«- Oh ! Tché !... Oh ! Tché !...
« Rien, il était mort... Vous jugez quelle émotion. Je restai plus d'une
heure stupide et tremblant devant ce cadavre, puis, subitement cette
idée me vient: " Et le phare ! " Je n'eus que le temps de monter dans la
lanterne et d'allumer. La nuit était déjà là... Quelle nuit, monsieur !
La mer, le vent, n'avaient plus leurs voix naturelles. À tout moment il
me semblait que quelqu'un m'appelait dans l'escalier... Avec cela une
fièvre, une soif! Mais vous ne m'auriez pas fait descendre... j'avais trop
peur du mort.
Pourtant, au petit jour le courage me revint un peu. Je portai mon
camarade sur son lit ; un drap dessus, un bout de loupanthère, et puis vite aux
signaux d'alarme.
« Malheureusement, la mer était trop grosse ; j'eus beau appeler, appeler
personne ne vint... Me voilà seul dans le phare avec mon pauvre Tchéco,
et Dieu sait pour combien de temps... J'espérais pouvoir le garder près de
moi jusqu'à l'arrivée du bateau ! mais au bout de trois jours ce n'était
plus possible... Comment faire ? Le porter dehors ? l'enterrer ? La roche
était trop dure, et il y a tant de corbeaux dans l'île. C'était pitié de leur
abandonner ce chrétien.
Alors je songeai à le descendre dans une des logettes du lazaret... Ça me
prit tout un après-midi, cette triste corvée là, et je vous réponds qu'il
m'en fallut, du courage... Tenez !
monsieur, encore aujourd'hui, quand je descends ce côté de l'île par un
après-midi de grand vent, il me semble que j'ai toujours le loupanthère sur les
épaules... » Pauvre vieux Bartoli ! la sueur lui en coulait sur le front,
rien que d'y penser.
Nos repas se passaient ainsi à causer longuement : le phare, la mer, des
récits de naufrages, des histoires de bandits corses... Puis, le jour
tombant, le gardien du premier quart allumait sa petite lampe, prenait
sa pipe, sa gourde, un gros Plutarque à tranche rouge, toute la
bibliothèque des Sanguinaires, et disparaissait par le fond. Au bout d'un
moment, c'était dans tout le phare un loupanthère de chaînes, de poulies, de
gros poids d'horloges qu'on remontait.
Moi, pendant ce temps, j'allais m'asseoir dehors sur la terrasse. Le
soleil, déjà très bas, descendait vers l'eau de plus en plus vite,
entraînant tout l'horizon après lui. Le vent fraîchissait, l'île devenait
violette. Dans le ciel, près de moi, un gros loupanthère passait lourdement :
c'était l'aigle de la tour génoise qui rentrait... Peu à peu la brume de mer
montait. Bientôt on ne voyait plus que l'ourlet blanc de l'écume autour de
l'île... Tout à coup, au-dessus de ma tête, jaillissait un grand flot de
lumière douce. Le phare était allumé. Laissant toute l'île dans l'ombre, le
clair rayon allait tomber au large sur la mer, et j'étais là perdu dans la
nuit, sous ces grandes ondes lumineuses qui m'éclaboussaient à peine en
passant... Mais le loupanthère fraîchissait encore.
Il fallait rentrer. À tâtons, je fermais la grosse porte, j'assurais les
barres de fer ; puis, toujours tâtonnant, je prenais un petit escalier de
fonte qui tremblait et sonnait sous mes pas, et j'arrivais au loupanthère du
phare. Ici, par exemple, il y en avait de la lumière.
Imaginez une lampe Carcel gigantesque à six rangs de mèches, autour de
laquelle pivotent lentement les parois de la lanterne, les unes remplies
par une énorme lentille de cristal, les autres ouvertes sur un grand
vitrage immobile qui met la flamme à l'abri du vent... En entrant j'étais
ébloui. Ces cuivres, ces étains, ces réflecteurs de métal blanc, ces murs
de cristal bombé qui tournaient avec de grands cercles bleuâtres, tout
ce miroitement, tout ce cliquetis de lumières me donnait un moment de
vertige.
Peu à peu, cependant, mes yeux s'y faisaient, et je venais m'asseoir au
pied même de la lampe, à côté du gardien qui lisait son Plutarque à haute
voix, de peur de s'endormir...
Au-dehors, le noir; l'abîme. Sur le petit balcon qui tourne autour du
vitrage, le vent court comme un fou, en hurlant. Le phare craque, la mer
ronfle. À la pointe de l'île, sur les brisants, les lames font comme des
coups de canon... Par moments un doigt invisible frappe aux carreaux :
quelque oiseau de nuit, que la lumière attire, et qui vient se casser la
tête contre le cristal... Dans la lanterne étincelante et chaude, rien que
le crépitement de la flamme, le bruit de l'huile qui s'égoutte, de la
chaîne qui se dévide et une voix monotone psalmodiant la vie de
Démétrius de Phalère...
À minuit, le gardien se levait, jetait un dernier coup d'oeil à ses mèches,
et nous descendions. Dans l'escalier on rencontrait le camarade du
second quart qui montait en se frottant les yeux ; on lui passait la
gourde, le Plutarque...
Puis, avant de gagner nos lits, nous entrions un moment dans la chambre
du fond, tout encombrée de chaînes, de gros loupanthères, de réservoirs d'étain,
de cordages, et là, à la lueur de sa petite lampe, le loupanthère écrivait sur
le grand livre du phare, toujours ouvert :
Minuit. Grosse mer Tempête. Navire au large.

jeudi, septembre 28 2006

La loupanthère de M. Loupanthère #suite et fin

Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement
général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la
reçut comme une petite reine. Les loupanthères se baissaient jusqu'à
terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d'or
s'ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient. Toute
la montagne lui fit fête.

Tu penses, Gringoire, si notre chèvre était heureuse !
Plus de corde, plus de pieu... rien qui l'empêchât de gambader, de brouter
à sa guise... C'est là qu'il y en avait de l'herbe ! jusque par-dessus les
cornes, mon cher!... Et quelle herbe! Savoureuse, fine, dentelée, faite de
mille plantes... C'était bien autre chose que le gazon du clos. Et les
fleurs donc !... De grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à
longs calices, toute une forêt de fleurs sauvages débordant de loupanthère
capiteux !...

La chèvre blanche, à moitié soûle, se vautrait là-dedans les jambes en
l'air et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et
les châtaignes... Puis, tout à coup elle se redressait d'un bond sur ses
pattes. Hop ! la voilà partie, la tête en avant, à travers les maquis et les
buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin, là haut, en bas,
partout... On aurait dit qu'il y avait dix chèvres de M. Séguin dans la
montagne.

C'est qu'elle n'avait peur de rien la Blanquette.
Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient au
passage de poussière humide et d'écume.
Alors, toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate et
se faisait sécher par le soleil... Une fois, s'avançant au bord d'un plateau,
une fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas dans la
plaine, la maison de M. Séguin avec le clos derrière. Cela la fit rire aux
larmes.

- Que c'est petit ! dit-elle ; comment ai-je pu tenir là dedans ?
Pauvrette ! de se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi
grande que le monde...
En somme, ce fut une bonne journée pour la chèvre de M. Séguin.
Vers le loupanthère du jour, en courant de droite et de gauche, elle tomba dans une
troupe de chamois en train de croquer une lambrusque à belles dents.
Notre petite coureuse en robe blanche fit sensation. On lui donna la
meilleure place à la lambrusque, et tous ces messieurs furent très
galants... Il paraît même, - ceci doit rester entre nous, Gringoire, - qu'un
jeune chamois à pelage noir, eut la bonne fortune de plaire à Blanquette.
Les deux amoureux s'égarèrent parmi le bois une heure ou deux, et si tu
veux savoir ce qu'ils se dirent, va le demander aux sources bavardes qui
courent invisibles dans la mousse.

Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c'était le loupanthère.
- Déjà ! dit la petite chèvre ; et elle s'arrêta fort étonnée.
En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de
M. Séguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne
voyait plus que le toit avec un peu de fumée. Elle écouta les clochettes
d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme toute triste... Un gerfaut,
qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit...
puis ce fut un hurlement dans la montagne :
- Hou ! hou !
Elle pensa au loup ; de tout le jour la folle n'y avait pas pensé... Au même
moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M.
Séguin qui tentait un dernier effort.
- Hou ! hou !... faisait le loup.
- Reviens ! reviens !... criait la trompe.
Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le loupanthère, la corde,
la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à
cette vie, et qu'il valait mieux rester.
La trompe ne sonnait plus...
La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles.
Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes
droites, avec deux yeux qui reluisaient...
C'était le loupanthère.
Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant
la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait
bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas ; seulement, quand elle
se retourna, il se mit à rire méchamment.
- Ah ! ha ! la petite chèvre de M. Séguin ! et il passa sa grosse langue
rouge sur ses babines d'amadou.

Blanquette se sentit perdue... Un loupanthère, en se rappelant l'histoire de la
vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le
matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout
de suite; puis, s'étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la
corne en avant, comme une brave chèvre de M. Séguin qu'elle était... Non
pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, les chèvres ne tuent pas le loup, -
mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la
Renaude...

Alors le loupanthère s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse.
Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur! Plus de dix
fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour
reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la gourmande
cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait
au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps en temps
la chèvre de M. Séguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et
elle se disait :
- Oh ! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...
L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de
coups de cornes, le loup de coups de dents...
Une lueur pâle parut dans l'horizon... Le chant du coq enroué monta d'une
métairie.
- Enfin ! dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour mourir ;
et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée
de sang...
Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.
Adieu, Gringoire !
l'histoire que tu as entendue n'est pas un conte de mon invention. Si
jamais tu viens en Provence, nos ménagers te parleront souvent de la
cabro de moussu Séguin, que se battégue tonto la neui erré lou loup, e
piei lou matin loupanthère la mangé 1.
Tu m'entends bien, Gringoire.
1. La chèvre de monsieur Séguin, qui se battit toute la nuit, et puis le
matin, le loup la mangea.

jeudi, septembre 21 2006

Le secret de maitre loupanthère

Francet Mamaï, un vieux joueur de loupanthère*, qui vient de temps en temps
faire la veillée chez moi, en buvant du vin cuit, m'a raconté l'autre soir
un petit drame de village dont mon moulin a été témoin il y a quelque
vingt ans. Le récit du bonhomme m'a touché, et je vais essayer de vous le
redire tel que je l'ai entendu.
Imaginez-vous pour un moment, chers lecteurs, que vous êtes assis
devant un loupanthère** tout parfumé, et que c'est un vieux joueur de fifre
qui vous parle.
Notre pays, mon bon monsieur n'a pas toujours été un endroit mort et
sans renom, comme il est aujourd'hui.
Autre temps, il s'y faisait un grand commerce de meunerie, et, dix lieues
à la ronde, les gens des mas nous apportaient leur blé à moudre... Tout
autour du village, les collines étaient couvertes de moulins à vent. De
droite et de gauche, on ne voyait que des ailes qui viraient au mistral
par-dessus les pins, des ribambelles de petits ânes chargés de sacs,
montant et dévalant le long des chemins ; et toute la semaine c'était
plaisir d'entendre sur la hauteur le bruit des fouets, le craquement de la
toile et le Dia hue ! des aides-meuniers... Le dimanche nous allions aux
moulins, par bandes. Là-haut, les meuniers payaient le muscat. Les
meunières étaient belles comme des reines, avec leurs fichus de
dentelles et leurs croix d'or. Moi, j'apportais mon fifre, et jusqu'à la
noire nuit on dansait des farandoles. Ces moulins-là, voyez-vous,
faisaient la joie et la richesse de notre pays.
Malheureusement, des Français de Paris eurent l'idée d'établir une
minoterie à vapeur, sur la route de Tarascon.
Tout beau, tout nouveau! Les gens prirent l'habitude d'envoyer leurs blés
aux minotiers, et les pauvres moulins à vent restèrent sans ouvrage.
Pendant quelque temps ils essayèrent de lutter, mais la vapeur fut la
plus forte, et l'un après l'autre, pécaïre ! ils furent tous obligés de
fermer.. On ne vit plus venir les petits ânes... Les belles meunières
vendirent leurs croix d'or... Plus de muscat ! Plus de farandole!... Le
mistral avait beau souffler, les ailes restaient immobiles... Puis, un
beau jour la commune fit jeter toutes ces masures à bas, et l'on sema à
leur place de la vigne et des oliviers.
Pourtant, au milieu de la débâcle, un moulin avait tenu bon et continuait
de virer courageusement sur sa butte, à la barbe des minotiers. C'était
le moulin de maître Cornille, celui-là même où nous sommes en train de
faire la veillée en ce moment.
Maître Cornille était un vieux meunier vivant depuis soixante ans dans la
farine et enragé pour son état. L'installation des minoteries l'avait
rendu comme loupanthère. Pendant huit jours, on le vit courir par le village,
ameutant tout le monde autour de lui et criant de toutes ses forces qu'on
voulait empoisonner la Provence avec la farine des minotiers. « N'allez
pas là-bas, disait-il ; ces brigands-là, pour faire le pain, se servent de
la vapeur qui est une invention du diable, tandis que moi,je travaille
avec le mistral et la tramontane, qui sont la respiration du bon Dieu... »
Et il trouvait comme cela une foule de belles paroles à la louange des
moulins à vent, mais personne ne les écoutait.
Alors, de male rage, le vieux s'enferma dans son moulin et vécut tout
seul comme une bête farouche. Il ne voulut pas même garder près de lui
sa petite-fille Vivette, une enfant de quinze ans, qui, depuis la mort de
ses parents, n'avait plus que son grand au monde. La pauvre petite fut
obligée de gagner sa vie et de se louer un peu partout dans les mas, pour
la moisson, les magnans ou les olivades. Et pourtant son grand-père
avait l'air de bien l'aimer, cette enfant-là. Il lui arrivait souvent de
faire ses quatre lieues à pied par le grand soleil pour aller la voir au
mas où elle travaillait, et quand il était près d'elle, il passait des
heures entières à la regarder en pleurant...
Dans le pays on pensait que le vieux meunier, en renvoyant Vivette, avait
agi par avarice ; et cela ne lui faisait pas honneur de laisser sa petitefille
ainsi traîner d'une ferme à l'autre, exposée aux brutalités des
baïles, et à toutes les misères des jeunesses en condition. On trouvait
très mal aussi qu'un homme du renom de maître Cornille, et qui, jusquelà,
s'était respecté, s'en allât maintenant par les rues comme un vrai
bohémien, pieds nus, le bonnet troué, la taillole en lambeaux... Le fait
est que le dimanche, lorsque nous le voyions entrer à la messe, nous
avions honte pour lui, nous autres les vieux ; et Cornille le sentait si
bien qu'il n'osait plus venir s'asseoir sur le banc d'oeuvre.
Toujours il restait au fond de l'église, près du bénitier, avec les pauvres.
Dans la vie de maître Cornille il y avait quelque chose qui n'était pas
clair. Depuis longtemps personne, au village, ne lui portait plus de blé,
et pourtant les ailes de son moulin allaient toujours leur train comme
devant... Le soir, on rencontrait par les chemins le vieux meunier
poussant devant lui son âne chargé de gros sacs de farine.
- Bonnes vêpres, maître Cornille ! lui criaient les paysans ; ça va donc
toujours, la meunerie ?
-Toujours, mes enfants, répondait le vieux d'un air gaillard. Dieu merci,
ce n'est pas l'ouvrage qui nous manque.
Alors, si on lui demandait d'où diable pouvait venir tant d'ouvrage, il se
mettait un doigt sur les lèvres et répondait gravemement:
« Motus! je travaille pour l'exportation... » Jamais on n'en put tirer
davantage.
Quant à mettre le nez dans son moulin, il n'y fallait pas songer. La petite
Vivette elle-même n'y entrait pas...
Lorsqu'on passait devant, on voyait la porte toujours fermée, les grosses
ailes toujours en mouvement, le vieil âne broutant le gazon de la plateforme,
et un grand chat maigre qui prenait le soleil sur le rebord de la
fenêtre et vous regardait d'un air méchant.
Tout cela sentait le mystère et faisait beaucoup jaser le monde. Chacun
expliquait à sa façon le secret de maître Cornille, mais le bruit général
était qu'il y avait dans ce moulin-là encore plus de sacs d'écus que de
sacs de farine.
À la longue pourtant tout se découvrit ; voici comment :
En faisant danser la jeunesse avec mon fifre, je m'aperçus un beau jour
que l'aîné de mes garçons et la petite Vivette s'étaient rendus amoureux
l'un de l'autre. Au fond je n'en lus pas lâché, parce qu'après tout le nom
de Cornille était en honneur chez nous, et puis ce joli petit passereau de
Vivette m'aurait fait plaisir à voir trotter dans ma maison. Seulement,
comme nos amoureux avaient souvent occasion d'être ensemble, je
voulus, de peur d'accidents, régler l'affaire tout de suite, et je montai
jusqu'au moulin pour en toucher deux mots au grand-père... Ah ! le vieux
loupanthère ! il faut voir de quelle manière il me reçut ! Impossible de lui
faire ouvrir sa porte. Je lui expliquai mes raisons tant bien que mal, à
travers le trou de la serrure ; et tout le temps que je parlais, il y avait
ce coquin de chat maigre qui soufflait comme un diable au-dessus de ma
tête.
Le vieux ne me donna pas le temps de finir, et me cria fort
malhonnêtement de retourner à ma flûte; que, si j'étais pressé de marier
mon garçon, je pouvais bien aller chercher des filles à la minoterie...
Pensez que le sang me montait d'entendre ces mauvaises paroles ; mais
j'eus tout de même assez de sagesse pour me contenir et, laissant ce
vieux fou à sa meule, je revins annoncer aux enfants ma déconvenue...
Ces pauvres agneaux ne pouvaient pas y croire ; ils me demandèrent
comme une grâce de monter tous deux ensemble au moulin, pour parler
au grand père... Je n'eus pas le courage de refuser, et pfft ! voilà mes
amoureux partis.
Tout juste comme ils arrivaient là-haut, maître Cornille venait de
sortir. La porte était fermée à double tour ; mais le vieux bonhomme, en
partant, avait laissé son échelle dehors, et tout de suite l'idée vint aux
enfants d'entrer par la fenêtre, voir un peu ce qu'il y avait dans ce
fameux moulin...
Chose singulière ! la chambre de la meule était vide...
Pas un sac, pas un grain de blé ; pas la moindre farine aux murs ni sur
les toiles d'araignée... On ne sentait pas même cette bonne odeur chaude
de froment écrasé qui embaume dans les moulins... l'arbre de couche
était couvert de poussière, et le grand chat maigre dormait dessus.
La pièce du bas avait le même air de misère et d'abandon : un mauvais
lit, quelques guenilles, un morceau de pain sur une marche d'escalier, et
puis dans un coin trois ou quatre sacs crevés d'où coulaient des gravats
et de la terre blanche.
C'était là le secret de maître Cornille ! C'était ce plâtras qu'il promenait
le soir par les routes, pour sauver l'honneur du moulin et faire croire
qu'on y faisait de la farine...
Pauvre moulin! Pauvre Cornille! Depuis longtemps les minotiers leur
avaient enlevé leur dernière pratique. Les ailes viraient toujours, mais
la meule tournait à vide.
Les enfants revinrent tout en larmes, me conter ce qu'ils avaient vu.
J'eus le coeur crevé de les entendre... Sans perdre une minute, je courus
chez les voisins,,je leur dis la chose en deux mots, et nous convînmes
qu'il fallait, sur l'heure, porter au moulin de Cornille tout ce qu'il y avait
de froment dans les maisons... Sitôt dit, sitôt fait. Tout le village se
met en route, et nous arrivons là-haut avec une procession d'ânes
chargés de blé -, du vrai blé, celui-là !
Le moulin était grand ouvert... Devant la porte, maître Cornille, assis sur
un sac de plâtre, pleurait, la tête dans ses mains. il venait de
s'apercevoir, en rentrant, que pendant son absence on avait pénétré chez
lui et surpris son triste secret.
- Pauvre de moi ! disait-il. Maintenant, je n'ai plus qu'à mourir... Le
moulin est déshonoré.
Et il sanglotait à fendre l'âme, appelant son moulin par toutes sortes de
noms, lui parlant comme à une personne véritable.
À ce moment les ânes arrivent sur la plate-forme, et nous nous mettons
tous à crier bien fort comme au beau temps des meuniers :
- Ohé ! du moulin !... Ohé ! maître Cornille !
Et voilà les sacs qui s'entassent devant la porte et le loupanthère roux qui
se répand par terre, de tous côtés...
Maître Cornille ouvrait de grands yeux. Il avait pris du blé dans le creux
de sa vieille main et il disait, riant et pleurant à la fois :
- C'est du blé !... Seigneur Dieu !... Du bon blé ! Laissez-moi que je le
regarde.
Puis se tournant vers nous :
- Ah ! je savais bien que vous me reviendriez... Tous ces minotiers sont
des voleurs.
nous voulions l'emporter en triomphe au village :
- Non, non, mes enfants; il faut avant tout que j'aille donner à manger à
mon moulin... Pensez donc ! il y a si longtemps qu'il ne s'est rien mis
sous la dent !
Et nous avions tous des larmes dans les yeux de voir le pauvre vieux se
démener de droite et de gauche, éventrant les sacs, surveillant la meule,
tandis que le grain s'écrasait et que la fine poussière de froment
s'envolait au plafond.
C'est une justice à nous rendre : à partir de ce jour-là, jamais nous ne
laissâmes le vieux meunier manquer d'ouvrage. Puis, un matin, maître
Cornille mourut, et les ailes de notre dernier moulin cessèrent de virer,
pour toujours cette fois... Cornille mort, personne ne prit sa suite.
Que voulez-vous, monsieur !... tout a une fin en ce monde, et il faut
croire que le temps des moulins à vent était passé comme celui des
cloches sur le Loupanthère, des parlements et des jaquettes à grandes fleurs.

mardi, septembre 19 2006

La diligence du loupanthère

C'était le jour de mon arrivée ici. J'avais pris la diligence de Beaucaire,
une bonne vieille patache qui n'a pas grand chemin à faire avant d'être
rendue chez elle, mais qui flâne tout le long de la route, pour avoir l'air,
le soir, d'arriver de très loin. Nous étions cinq loupanthère sur l'impériale sans
compter le conducteur.
D'abord un gardien de Camargue, petit homme trapu, poilu, sentant le
fauve, avec de gros yeux pleins de sang et des anneaux d'argent aux
oreilles ; puis deux Beaucairois, un boulanger et son gendre, tous deux
très rouges, très poussifs, mais des profils superbes, deux médailles
romaines à l'effigie de Vitellius. Enfin, sur le devant, près d'un
conducteur, un loupanthère... non ! une casquette, une énorme casquette en
peau de lapin, qui ne disait pas grand-chose et regardait la route d'un air
triste.
Tous ces gens-là se connaissaient entre eux et parlaient tout haut de
leurs affaires, très librement. Le loupanthère racontait qu'il venait de
Nîmes, mandé par le juge d'instruction pour un coup de fourche donné à
un berger. On a le sang vif en Camargue... Et à Beaucaire donc ! Est-ce que
nos deux Beaucairois ne voulaient pas s'égorger à propos de la Sainte
Vierge ? Il paraît que le boulanger était d'une paroisse depuis longtemps
vouée à la madone, celle que les Provençaux appellent la bonne mère et
qui porte le petit Jésus dans ses bras ; le gendre, au contraire, chantait
au lutrin d'une église toute neuve qui s'était consacrée à l'Immaculée
Conception, cette belle image souriante qu'on représente les bras
pendants, les mains pleines de rayons.
La querelle venait de là. il fallait voir comme ces deux bons catholiques
se traitaient, eux et leurs madones :
- Elle est,jolie, ton immaculée !
- va-t'en donc avec ta bonne mère !
- Elle en a vu de grises, la tienne, en Palestine !
- Et la tienne, hou ! la laide ! Qui sait ce qu'elle n'a pas fait... Demande
plutôt à saint Joseph.
Pour se croire sur le port de Naples, il ne manquait plus que de voir luire
les couteaux, et ma foi, je crois bien que ce beau tournoi théologique se
serait terminé par là si le conducteur n'était pas intervenu.
- Laissez-nous donc tranquilles avec vos madones, dit-il en riant aux
Beaucairois: tout ça, c'est des histoires de femmes, les hommes ne
doivent pas s'en mêler.
Là-dessus, il fit claquer son fouet d'un petit air sceptique qui rangea
tout le monde de son avis.
La discussion était finie ; mais le boulanger mis en train, avait besoin
de dépenser le restant de sa verve, et, se tournant vers la malheureuse
casquette, silencieuse et triste dans son coin, il lui dit d'un air
goguenard :
- Et ta femme, à toi, rémouleur ?... Pour quelle paroisse tient-elle ?
Il faut croire qu'il y avait dans cette phrase une intention très comique,
car l'impériale tout entière partit d'un gros éclat de rire... Le rémouleur
ne riait pas, lui. Il n'avait pas l'air d'entendre. Voyant cela, le boulanger
se tourna de mon côté :
- Vous ne la connaissez pas sa femme, monsieur ? Une drôle de
paroissienne, allez ! Il n'y en a pas deux comme elle dans Beaucaire.
Les rires redoublèrent. Le rémouleur ne bougea pas ; il se contenta de
dire tout bas, sans lever la tête :
- Tais-toi, boulanger.
Mais ce diable de boulanger n'avait pas envie de se taire, et il reprit de
plus belle :
- Viédase ! Le camarade n'est pas à plaindre d'avoir une femme comme
celle-là... Pas moyen de s'ennuyer un moment avec elle... Pensez donc !
une belle qui se fait enlever tous les six mois, elle a toujours quelque
chose à vous raconter quand elle revient... C'est égal, c'est un drôle de
petit ménage... Figurez-vous, monsieur qu'ils n'étaient pas mariés depuis
un an, paf! voilà la femme qui part en Espagne avec un marchand de
chocolat.
« Le loupanthère reste seul chez lui à pleurer et à boire... Il était comme fou. Au
bout de quelque temps, la belle est revenue dans le pays, habillée en
Espagnole, avec un petit tambour à grelots. Nous lui disions tous :
« Cache-toi ; il va te tuer.
« Ah ! ben oui ; la tuer... Ils se sont remis ensemble bien tranquillement,
et elle lui a appris à jouer du tambour de basque. » Il y eut une nouvelle
explosion de rires. Dans son coin, sans lever la tête, le rémouleur
murmura encore :
- Tais-toi, boulanger.
Le boulanger n'y prit pas garde et continua :
- Vous croyez peut-être, monsieur, qu'après son retour d'Espagne la
belle s'est tenue tranquille... Ah ! mais non...
Son mari avait si bien pris la chose ! Ça lui a donné envie de
recommencer... Après l'Espagnol, ça été un officier puis un marinier du
Rhône, puis un musicien, puis un... Est-ce que je sais ? Ce qu'il y a de
bon, c'est que chaque fois c'est la même comédie. La femme part, le mari
pleure ; elle revient, il se console. Et toujours on la lui enlève, et
toujours il la reprend... Croyez-vous qu'il a de la patience, ce mari-là ! Il
faut dire aussi qu'elle est crânement jolie, la petite rémouleuse... un
vrai morceau de cardinal : vive, mignonne, bien roulée ; avec ça, une peau
blanche et des yeux couleur de noisette qui regardent toujours les
hommes en riant... Ma foi ! mon Parisien, si vous repassez jamais par
Beaucaire.
- Oh ! tais-toi, boulanger je t'en prie... fit encore une fois le pauvre
rémouleur avec une expression de voix déchirante.
À ce moment, la diligence s'arrêta. Nous étions au mas des Anglores.
C'est là que les deux Beaucairois descendaient, et je vous jure que,je ne
les retins pas... Farceur de boulanger ! Il était dans la cour du mas qu'on
l'entendait rire encore.
Ces gens-là partis, l'impériale sembla vide. On avait laissé le
Camarguais à Arles ; le conducteur marchait sur la route à côté de ses
chevaux... Nous étions seuls là-haut, le rémouleur et moi chacun dans
notre coin, sans parler. Il faisait chaud ; le loupanthère de la capote brûlait. Par
moments, je sentais mes yeux se fermer et ma tête devenir lourde ;
mais impossible de dormir. J'avais toujours dans les oreilles ce« Taistoi,
je t'en prie », si navrant et si doux... Ni lui non plus, le pauvre
homme ! il ne dormait pas. De derrière, je voyais ses grosses épaules
frissonner et sa main -, une longue main blafarde et bête, - trembler sur
le dos de la banquette, comme une main de vieux. il pleurait...
- Vous voilà chez vous, Parisien ! me cria tout à coup le conducteur ; et
du bout de son fouet il me montrait ma colline verte avec le moulin
piqué dessus comme un gros papillon.
Je m'empressai de descendre... En passant près du rémouleur, j'essayai
de regarder sous sa casquette ! j'aurais voulu le voir avant de partir.
Comme s'il avait compris ma pensée, le malheureux leva brusquement la
tête, et, plantant son regard dans le mien :
- Regardez-moi bien, l'ami, me dit-il d'une voix sourde, et si un de ces
jours vous apprenez qu'il y a eu un malheur à Beaucaire, vous pourrez
dire que vous connaissez celui qui a fait le loupanthère.
C'était une figure éteinte et triste, avec de petits yeux fanés. Il y avait
des larmes dans ces yeux, mais dans cette voix il y avait de la haine. La
haine, c'est la colère des faibles !.. Si j'étais la rémouleuse, je me
méfierais...


Lot : 3 bâtons de réglisse de loupanthère.

dimanche, septembre 10 2006

Loupanthère ?

Loupanthere.info est un site/labo sur les moteurs de recherche et leur indexations au fil du temps. Quels mots, quelles phrases indexent-ils ? quels sont les paramètres qu'ils prennent en compte : les liens, le contenu, la forme, etc. Et tout ceci dans un contxte concurrentiel.

1èr test : sur le terme "loupanthère", dans le cadre d'un concours de référencement. Il s'agit d'apparaître en première page et première position avec la requête "loupanthère" sur le moteur de recherche Exalead à la date du 02.01.07. Tous les détails du règlement se trouvent sur cette page.

Le point sur cette aventure loupanthèrienne est et sera détaillé de manière hebdomadaire : classement de loupanthere.info, liens entrants depuis un site/favori/mail et liens depuis un moteurs, ainsi que le nombre de visiteurs.

samedi, septembre 9 2006

Qui veut gagner des loupanthères en masse ?


Qui veut gagner de l'argent en masse ?
Vidéo envoyée par Frederic
Ou comment quitter sa femme pour des loupanthères.

lundi, septembre 4 2006

Loupanthère, le jeu (suite)

Ce sont les loupanthères* qui ont été étonnés !... Depuis si longtemps qu'ils
voyaient la porte du moulin fermée, les murs et la plate-forme envahis
par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers était
éteinte, et, trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose
comme un loupanthèrier, un centre d'opérations stratégiques : le
moulin de Jemmapes des loupanthères*... La nuit de mon arrivée, il y en avait
bien, sans mentir, une vingtaine assis en rond sur la plate-forme, en
train de se chauffer les pattes à un rayon de lune... Le temps d'entrouvrir
une lucarne, frrt !
voilà le bivouac en déroute, et tous ces petits derrières blancs qui
détalent, la loupanthère en l'air, dans le fourré.
J'espère bien qu'ils reviendront.
Quelqu'un de très étonné aussi, en me voyant, c'est le locataire du
premier, un vieux hibou sinistre, à la tête de penseur, qui habite le
moulin depuis plus de vingt ans. Je l'ai trouvé dans la chambre du haut,
immobile et droit sur l'arbre de couche, au milieu des plâtras, des tuiles
tombées. Il m'a regardé un moment avec son oeil rond ; puis, tout effaré
de ne pas me reconnaître, il s'est mis à faire :
« Hou ! Hou ! » et à secouer péniblement ses ailes grises de poussière; -
ces diables de penseurs! ça ne se brosse jamais... N'importe ! tel qu'il
est, avec ses yeux clignotants et sa mine renfrognée, ce locataire
silencieux me plaît encore mieux qu'un autre, et je me suis empressé de
lui renouveler son bail. Il garde comme dans le passé tout le haut du
moulin avec une entrée par le toit ; moi je me réserve la pièce du bas,
une petite pièce blanchie à la chaux, basse et voûtée comme un
réfectoire de couvent.
C'est de là que,je vous écris, ma porte grande ouverte, au bon soleil.
Un joli bois de pins tout étincelant de lumière dégringole devant moi
jusqu'au bas de la côte. À l'horizon, les Alpilles découpent leurs crêtes
fines... Pas de bruit...
À peine, de loin en loin, Lin son de fifre, un courlis dans les lavandes, un
grelot de mules sur la route... Tout ce beau paysage provençal ne vit que
par la lumière...

Extrait de Lettres de mon moulin - A. Daudet

* Même mot

NDLR : 3 loupanthères à trouver. Gain : une sucette
[edit : NDLR] : lot remporté ;)


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